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Evolution de l'urbanisation en France : en combien de temps aurons nous urbanisé notre pays à 100% ?

dernière version : avril 2005

site de l'auteur : www.manicore.com - contacter l'auteur : jean-marc@manicore.com

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Comme chacun sait, les surfaces "artificialisées", en France, croissent depuis que l'homme a commencé à faire des villes. Comme chacun le sait aussi, dans un monde fini, aucune grandeur physique ne peut croître indéfiniment, et les surfaces urbanisées ne font pas exception à cette règle. L'un des exercices favoris des "prospectivistes" pour savoir à quelle distance nous sommes des limites du monde est la prolongation tendancielle : cela consiste à... prolonger les tendances (belle lapalissade), c'est-à-dire à supposer que monde continue à évoluer "comme maintenant" à l'avenir, pour voir où cela nous mène.

Votre serviteur s'est livré à l'exercice pour l'urbanisation. Les données de départ sont les chiffres donnant l'occupation des sols en France en fonction de la nature des surfaces, publiés par l'IFEN, et que le tableau ci-dessous reprend pour les années 1992 à 2000. Ce qui est appelé "total artificilialisé" correspond aux sols bâtis, artificialisés non bâtis, et aux routes et parkings.

La nomenclature - comme toute nomenclature - est bien sûr discutable, parce qu'un champ est indiscutablement une surface "artificielle" (la nature ne produit spontanément ni vignoble ni champ de blé !), et même la quasi-totalité des forêts, en France, est le fruit de l'intervention humaine. C'est assez évident pour la forêt landaise, mais c'est aussi vrai pour la forêt de Fontainebleau, par exemple, dont une très large partie a été plantée au 18e et 19e siècle.

Quoi qu'il en soit, on appellera "artificiel" quelque chose qui l'est raisonnablement, par exemple avec du béton, et les valeurs sont les suivantes :

Occupation des sols

1992

% du total

2000

% du total

Variation totale 1992-2000 (km2)

Variation totale 1992-2000 (%)

Variation annuelle moyenne (%)
sols artificiels non bâtis

13 236

2,42%

15 580

2,84%

2 344

17,7%

2,1%

sols bâtis

9 424

1,72%

10 590

1,93%

1 166

12,4%

1,5%

Routes & parkings

15 354

2,80%

16 830

3,07%

1 476

9,6%

1,2%

Forêts

144 221

26,32%

150 940

27,46%

6 269

4,3%

0,53%

Cultures annuelles

151 558

27,66%

152 990

27,92%

1 432

0,94%

0,12%

Roches & eaux

18 373

3,35%

18 250

3,33%

-123

-0,67%

-0,08%

Cultures pérennes

13 193

2,41%

12 830

2,34%

-363

-2,8%

-0,35%

Prairies

116 888

21,33%

109 800

20,04%

-7 088

-6,1%

-0,78%

Landes & alpages

45 038

8,22%

41 710

7,61%

-3 328

-7,4%

-0,95%

Arbres épars (haies...)

20 669

3,77%

18 870

3,44%

-1 799

-8,7%

-1,1%

TOTAL

547 954

100%

547 940

100%

-

-

-
Dont total artificialisé

38 014

6,94%

43 000

7,85%

-

13,12%

1,55%

Ces chiffres indiquent sans surprise ce que tout un chacun "peut voir" : les surfaces urbanisées et la forêt croissent, au détriment des prairies et assimilés (landes, haies) qui décroissent. L'un des moteurs de cette évolution est la périurbanisation, qui est le phénomène par lequel les villes s'accroissent à leur périphérie.

La France de 1936 pour 41,5 millions d'habitants. Source DATAR.

La France de 1999 pour 58,5 millions d'habitants (+40%). Certaines aires urbaines ont décuplé pendant que les campagnes se sont vidées. Source DATAR.

> 1000 hab/km2 500 à 1000 hab/km2 200 à 500 hab/km2 100 à 200 hab/km2

70 à 100 hab/km2 50 à 70 hab/km2 30 à 50 hab/km2 < 30 hab/km2

La question que l'on peut se poser est alors la suivante : en prolongeant le taux de croissance actuel des surfaces artificialisées, au bout de combien de temps avons-nous couvert 100% du territoire métropolitain avec des villes et des routes ?

En maintenant pour la croissance des surfaces urbanisées le pourcentage annuel moyen qui correspond à la période 1992 - 2000 (soit 1,55%), la fraction du territoire qui est artificialisée (villes, voies de communication, etc) est représentée par la courbe suivante.

Pourcentage du territoire métropolitain artificialisé avec l'hypothèse d'un taux de croissance constant, égal à 1,55%, en fonction des années.

 

On constate donc qu'avec cette hypothèse de prolongation des tendances il faut un peu plus d'un siècle et demi pour artificialiser 100% du territoire, ou plus exactement la croissance actuelle des surfaces artificialisées nous laisse 160 ans de consommations foncières, et ce en supposant, bien entendu, que nous sommes capables de nous passer de terres agricoles, de forêts, et encore de quelques autres petites babioles.

Si l'on suppose que l'on ne peut pas se passer d'un gros 50% des terres pour l'agriculture et les forêts, alors il ne faut qu'un siècle pour urbaniser les 50% restants au rythme actuel.

Est-ce légitime de prendre une évolution en pourcentage plutôt qu'en valeur absolue (c'est à dire tant d'hectares par an) ? A mon sens oui, car une évolution en pourcentage est la loi qui correspond au cas de figure ou la croissance est proportionnelle à l'existant, or l'accroissement des surfaces artificialisées est essentiellement le résultat de la périurbanisation. Cet accroissement - en hectares - de la ville à sa périphérie est bien proportionnel à la surface préexistante (en hectares) de la ville.

L'exercice ci-dessus n'est pas prédictif, bien entendu ! En particulier les courbes avec une valeur qu'il est impossible de dépasser (on ne peut pas couvrir plus de 100% du territoire !), donc avec une asymptote, n'ont jamais cette allure-là, mais ont la forme d'une courbe en "S" (cf ci-dessous).

Allure générale des courbes de pénétration avec une valeur limite (le temps est en abscisse).

 

Cela étant, ce petit calcul donne une idée générale de la vitesse à laquelle nous modifions notre territoire, et du caractère absolument pas "durable" (une évolution durable pouvant se définir comme une évolution que l'on peut conserver très longtemps sans conséquences négatives fortes) du rythme actuel de modification des sols.

Rappelons que les sols constituent une ressource limitée et non renouvelable, même si l'on peut en changer l'affectation.

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