Documentation > Energie > Divers > Evolution de l'urbanisation en France : en combien de temps aurons nous urbanisé notre pays à 100% ?(juin 2000)
Comme chacun sait, les surfaces "artificialisées", en France, croissent depuis que l'homme a commencé à faire des villes. Comme chacun le sait aussi, dans un monde fini, aucune grandeur physique ne peut croître indéfiniment, et les surfaces urbanisées ne font pas exception à cette règle. L'un des exercices favoris des "prospectivistes" pour savoir à quelle distance nous sommes des limites du monde est la prolongation tendancielle : cela consiste à... prolonger les tendances (belle lapalissade), c'est-à-dire à supposer que monde continue à évoluer "comme maintenant" à l'avenir, pour voir où cela nous mène.
Votre serviteur s'est livré à l'exercice pour l'urbanisation. Les données de départ sont les chiffres donnant l'occupation des sols en France en fonction de la nature des surfaces, publiés par l'IFEN, et que le tableau ci-dessous reprend pour les années 1992 à 2000. Ce qui est appelé "total artificilialisé" correspond aux sols bâtis, artificialisés non bâtis, et aux routes et parkings.
La nomenclature - comme toute nomenclature - est bien sûr discutable, parce qu'un champ est indiscutablement une surface "artificielle" (la nature ne produit spontanément ni vignoble ni champ de blé !), et même la quasi-totalité des forêts, en France, est le fruit de l'intervention humaine. C'est assez évident pour la forêt landaise, mais c'est aussi vrai pour la forêt de Fontainebleau, par exemple, dont une très large partie a été plantée au 18e et 19e siècle.
Quoi qu'il en soit, on appellera "artificiel" quelque chose qui l'est raisonnablement, par exemple avec du béton, et les valeurs sont les suivantes :
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| sols artificiels non bâtis |
13 236 |
2,42% |
15 580 |
2,84% |
2 344 |
17,7% |
2,1% |
| sols bâtis |
9 424 |
1,72% |
10 590 |
1,93% |
1 166 |
12,4% |
1,5% |
| Routes & parkings |
15 354 |
2,80% |
16 830 |
3,07% |
1 476 |
9,6% |
1,2% |
| Forêts |
144 221 |
26,32% |
150 940 |
27,46% |
6 269 |
4,3% |
0,53% |
| Cultures annuelles |
151 558 |
27,66% |
152 990 |
27,92% |
1 432 |
0,94% |
0,12% |
| Roches & eaux |
18 373 |
3,35% |
18 250 |
3,33% |
-123 |
-0,67% |
-0,08% |
| Cultures pérennes |
13 193 |
2,41% |
12 830 |
2,34% |
-363 |
-2,8% |
-0,35% |
| Prairies |
116 888 |
21,33% |
109 800 |
20,04% |
-7 088 |
-6,1% |
-0,78% |
| Landes & alpages |
45 038 |
8,22% |
41 710 |
7,61% |
-3 328 |
-7,4% |
-0,95% |
| Arbres épars (haies...) |
20 669 |
3,77% |
18 870 |
3,44% |
-1 799 |
-8,7% |
-1,1% |
| TOTAL |
547 954 |
100% |
547 940 |
100% |
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| Dont total artificialisé |
38 014 |
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43 000 |
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13,12% |
1,55% |
Ces chiffres indiquent sans surprise ce que tout un chacun "peut voir" : les surfaces urbanisées et la forêt croissent, au détriment des prairies et assimilés (landes, haies) qui décroissent. L'un des moteurs de cette évolution est la périurbanisation, qui est le phénomène par lequel les villes s'accroissent à leur périphérie.
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La question que l'on peut se poser est alors la suivante : en prolongeant le taux de croissance actuel des surfaces artificialisées, au bout de combien de temps avons-nous couvert 100% du territoire métropolitain avec des villes et des routes ?
En maintenant pour la croissance des surfaces urbanisées le pourcentage annuel moyen qui correspond à la période 1992 - 2000 (soit 1,55%), la fraction du territoire qui est artificialisée (villes, voies de communication, etc) est représentée par la courbe suivante.
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On constate donc qu'avec cette hypothèse de prolongation des tendances il faut un peu plus d'un siècle et demi pour artificialiser 100% du territoire, ou plus exactement la croissance actuelle des surfaces artificialisées nous laisse 160 ans de consommations foncières, et ce en supposant, bien entendu, que nous sommes capables de nous passer de terres agricoles, de forêts, et encore de quelques autres petites babioles.
Si l'on suppose que l'on ne peut pas se passer d'un gros 50% des terres pour l'agriculture et les forêts, alors il ne faut qu'un siècle pour urbaniser les 50% restants au rythme actuel.
Est-ce légitime de prendre une évolution en pourcentage plutôt qu'en valeur absolue (c'est à dire tant d'hectares par an) ? A mon sens oui, car une évolution en pourcentage est la loi qui correspond au cas de figure ou la croissance est proportionnelle à l'existant, or l'accroissement des surfaces artificialisées est essentiellement le résultat de la périurbanisation. Cet accroissement - en hectares - de la ville à sa périphérie est bien proportionnel à la surface préexistante (en hectares) de la ville.
L'exercice ci-dessus n'est pas prédictif, bien entendu ! En particulier les courbes avec une valeur qu'il est impossible de dépasser (on ne peut pas couvrir plus de 100% du territoire !), donc avec une asymptote, n'ont jamais cette allure-là, mais ont la forme d'une courbe en "S" (cf ci-dessous).
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Cela étant, ce petit calcul donne une idée générale de la vitesse à laquelle nous modifions notre territoire, et du caractère absolument pas "durable" (une évolution durable pouvant se définir comme une évolution que l'on peut conserver très longtemps sans conséquences négatives fortes) du rythme actuel de modification des sols.
Rappelons que les sols constituent une ressource limitée et non renouvelable, même si l'on peut en changer l'affectation.