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Bénéfices environnementaux envisageables liés à l'introduction du télétravail

 

décembre 2001

site de l'auteur : www.manicore.com - contacter l'auteur : jean-marc@manicore.com

Le texte ci-dessous reprend les principales conclusions d'un document de travail que j'ai réalisée pour l'Observatoire des Stratégies Industrielles (Ministère de l'Industrie). Merci de ne pas le citer sans préciser :

qu'il s'agit d'un document provisoire

le nom du commanditaire

Si vous avez des commentaires : cliquez ici

 

I - Syntoptique des principales économies possibles

Tout ce qui suit vise à comparer entre elles un certain nombre de situations de référence, pour évaluer, en ordre de grandeur, les bénéfices - ou, dans certains cas, les pertes - liées au passage d'une situation "normale" à une situation de télétravail. La situation "normale", ou de référence, correspond à :

l'existence d'un domicile chauffé et d'un bureau chauffé

l'existence d'un trajet domicile travail effectué en voiture.

Le tableau ci-dessous présente un inventaire qualitatif comparatif. En rouge figurent les économies possibles par rapport à la situation de référence, et en bleu les investissements supplémentaires requis. Les hypothèses auxquelles doivent satisfaire les mises en oeuvre pour conduire effectivement à une économie sont précisées plus bas.

 

lieu de travail ->

bureau, temps complet

domicile, temps complet
domicile, temps partiel & bureau, temps partiel

bureau de proximité, temps complet

bureau de proximité, temps partiel & domicile, temps partiel

bureau de proximité, temps partiel & bureau, temps partiel
nature de poste pouvant donner lieu à économie
Energie & émissions de gaz à effet de serre bâtiments

aucune
économie de chauffage du bureau économie partielle de chauffage du bureau

aucune
économie partielle de chauffage du bureau

aucune
Energie & émissions de gaz à effet de serre transport

aucune
économie du déplacement domicile-travail diminution du déplacement domicile-travail diminution du déplacement domicile-travail diminution du déplacement domicile-travail diminution du déplacement domicile-travail
Emprise des infrastructures routières

aucune
économie des voies d'accès physiques au bureau économie partielle des voies d'accès physiques au bureau économie partielle des voies d'accès physiques au bureau économie partielle des voies d'accès physiques au bureau économie partielle des voies d'accès physiques au bureau
Emprise des bâtiments : bureau

aucune
économie de l'emprise du bureau économie partielle de l'emprise du bureau

aucune
économie partielle de l'emprise du bureau

aucune
Emprise des bâtiments : domicile

aucune
création d'une pièce spécifique au domicile création d'une pièce spécifique au domicile

aucune
création d'une pièce spécifique au domicile

aucune
Réseaux informatiques

aucune
création du haut débit à domicile ? création du haut débit à domicile ? création du haut débit au bureau de proximité ? création du haut débit au bureau de proximité ? création du haut débit au bureau de proximité ?

 

 

II - Bilans énergétiques comparés

II.1 Introduction : quelques rappels sommaires sur la consommation d'énergie en France

3 types d'usages concourent, en France, à assurer l'essentiel de notre consommation d'énergie :

le confort thermique (un tiers de la consommation, en agrégeant domicile et travail), qui regroupe le chauffage (le gros de ce poste) et plus marginalement la production d'eau chaude sanitaire et la climatisation,

le déplacement des personnes ou des marchandises (un quart de la consommation),

l'alimentation des procédés industriels directs (un petit quart de la consommation), hors chauffage des bâtiments donc.

Répartition de la consommation d'énergie en France, 1995. Commissariat Général du Plan

C'est dire si les économies envisageables sur les seuls postes du chauffage et des déplacements peuvent être significatives dans un contexte plus large de modération ou de diminution de la consommation énergétique globale. La possibilité d'exécuter une activité professionnelle sans se rendre dépendant d'un lieu donné peut donc, dans l'absolu, donner lieu à deux types d'économies :

celle liée à l'absence d'un déplacement,

celle liée à l'absence d'alimentation d'un local en énergie (chauffage, éclairage, fourniture d'eau chaude, ascenseurs, climatisation, etc).

Il ne serait bien entendu pas réaliste de prétendre englober dans une règle unique tous les cas de figure qui peuvent se présenter. Aussi ce qui suit n'a pas d'autre prétention que de caractériser quelques ordres de grandeur. Pour permettre d'approcher ces derniers, nous allons comparer trois situations-type définies comme suit :

un travailleur dit "normal" (ce mot est ici à prendre à son sens premier : qui est dans la norme. Le critère ne correspond pas à une appréciation morale, mais statistique). Pour se rendre à son lieu de travail, il parcourt la distance moyenne domicile-travail deux fois par jour (il déjeune donc sur place) en voiture. Il occupe un bureau dont la superficie est la moyenne de l'espace disponible par salarié du tertiaire (couloirs et annexes comprises).

un travailleur à domicile. Il ne se déplace pas pour se rendre à son travail et travaille dans une des pièces de son domicile. Notons dès à présent qu'il n'y a économie que si ce déplacement n'est pas remplacé par d'autres déplacements motorisés pendant la journée qui n'auraient pas eu lieu pour un salarié allant "au bureau". Pour la simplicité de ce qui suit, nous supposerons qu'il n'y a pas de corrélation entre déplacements domicile-travail et déplacements dans la journée. Cette hypothèse reste spéculative et demanderait à être confirmée.

un travailleur en centre de regroupement (ou bureau de proximité). Il se déplace peu pour aller à son travail et emprunte pour ce faire des modes non motorisés (marche, vélo). Son bureau en centre de regroupement occupe un espace identique à celui d'un bureau moyen (annexes comprises).

Les hypothèses qui sont ensuite communes à tous les profils sont les suivantes :

le chauffage du logement reste allumé dans la journée quelle que soit la situation du salarié. De fait, les couples bi-actifs possédant un chauffage individuel avec régulation moderne possèdent généralement un dispositif permettant de maintenir une température un peu plus basse dans la journée, mais cette économie ne sera pas prépondérante devant celle consistant à ne pas avoir à chauffer du tout.

la réduction de la consommation d'énergie dans les bureaux est valable essentiellement si la surface occupée par l'entreprise diminue. Un bureau existant, mais vide, continue d'être alimenté en énergie (chauffage, parfois éclairage) en l'absence de dispositions particulières, et il n'est pas réaliste de compter sur des innovations technologiques permettant d'économiser 100% de la dépense tertiaire les jours où le salarié est ailleurs. Le cas de figure qui donne lieu à économies est donc celui où l'entreprise réduit son parc immobilier à due concurrence du nombre de personnes effectivement présentes en moyenne, avec allocation dynamique des bureaux.

dans un premier temps, nous ne tenons pas compte de la dépense énergétique supplémentaire engendrée par un travailleur à domicile : soit cette personne dispose déjà d'une pièce pour travailler (alors déjà chauffée par la force des choses) , soit elle en rajoute une pour l'occasion, mais en l'absence de référent (interviennent en particulier la taille de la surface initiale, le type de logement et l'année de construction) il n'est pas aisé de tenir compte du supplément d'énergie dans le tertiaire que cela induit (alors que la dépense de construction reste la même). En effet, la dépense de chauffage ne varie pas linéairement avec la surface chauffée d'un seul logement. Pour les bureaux les diminutions peuvent être mutualisées et se concrétiser par une diminution du nombre d'immeubles chauffés, donc une interpolation linéaire reste légitime, par contre pour les domiciles les absences de pièces de travail ne peuvent se mutualiser et résulter en un certain nombre de suppressions de logements ! Il faut donc tempérer la baisse intervenue dans le tertiaire par un facteur inconnu, mais qui ne change probablement pas les ordres de grandeur.

le temps partiel correspond à un mi-temps. Cela n'est pas nécessairement représentatif d'un optimum, mais il faut bien fixer une valeur pour fixer les idées.

une année normale compte 220 jours de travail. Bien entendu, les dispositions concernant les 35 heures sont susceptibles de faire changer cette estimation.

Avant de procéder plus avant, rappelons encore une fois que, ici comme ailleurs, le bénéfice réel lié à une éventuelle mise en oeuvre du télétravail n'est pas indépendant de notre volonté : un gain universellement valide en matière de pression sur l'environnement, qui arriverait sans qu'il soit nécessaire de le souhaiter, simplement comme produit dérivé d'une autre évolution, est plutôt l'exception que la règle.

Le cas général est bien qu'une efficacité individuelle accrue conduise à une augmentation de la consommation ou de la nuisance globale. Aussi tout ce qui va suivre ne tient finalement que pour autant que l'économie d'énergie et l'économie d'émission de gaz à effet de serre soient des objectifs en soi, et non les produits dérivés considérés comme souhaitables d'une autre évolution.

 

II.2 Le cas des déplacements

II.2.1 Bilan individuel

Des données supplémentaires seront nécessaires pour comparer entre elles les dépenses énergétiques liées au déplacement domicile-travail des diverses catégories évoquées ci-dessus.

La première concerne la distance moyenne au travail tous actifs confondus.

distance au travail - source INSEE Première N° 767 - avril 2001

catégorie

Nombre d'actifs

Distance moyenne au travail

kilométrage quotidien total
ne changent pas de commune pour aller travailler

9.012.614

7

63.088.298

changent de commune

14.042.588

15,1

212.043.079

changent de département

2.550.650

26,7

68.102.355

changent de région

719.847

56,9

40.959.294

changent de pays

280.896

40

11.235.840

Ensemble

26.606.595

14,9

395428866

 

La distance de référence que nous retiendrons pour le déplacement domicile travail est donc de 15 kilomètres. Nous la supposerons parcourue deux fois par jour (en voiture), ce qui implique que personne ne rentre déjeuner chez soi (ce qui doit être à peu près vrai).

Ce tableau illustre cependant un point important : l'individu qui réside en province et vient travailler à Paris de temps à autre n'est pas un télétravailleur appartenant à l'une des situations type décrite ci-dessus. Ce cas est abordé au chapitre VII.

Il nous faut après connaître la consommation d'énergie unitaire par kilomètre parcouru en voiture par personne se rendant au travail. Celle-ci peut se dériver de deux données :

la consommation unitaire d'une voiture est de l'ordre de 0,75 kWh/km (source : IFP)

le taux moyen de remplissage d'un véhicule est de 1,8 personne (source : INSEE).

Notons que l'emploi de ce dernier coefficient pour les seuls déplacements domicile-travail serait exagérément optimiste, car d'autres déplacements sont le plus souvent effectués à 2 ou plus :

par nature, les déplacements domicile-école,

une large part des déplacements domicile-achats (surtout les week-ends),

les départs en vacances, loisirs, etc.

Le fait que ce coefficient soit une moyenne induit par la force des choses que les déplacements domicile-travail ont vraisemblablement un coefficient de remplissage bien plus mauvais. Il a été pris arbitrairement égal à 1,2.

Il est alors possible de calculer les ordres de grandeur des économies (ci-dessous).

lieu de travail

bureau, temps complet

domicile, temps complet

domicile, temps partiel & bureau, temps partiel

bureau de proximité, temps complet

bureau de proximité, temps partiel & domicile, temps partiel

bureau de proximité, temps partiel & bureau, temps partiel
nombre de jours concernés par l'économie

0

220

110

220

220

110

Déplacement économisé (km)

0

6.539

3.270

6.539

6.539

3.270

économie d'énergie de déplacement (kWh)

0

4.087

2.044

4.087

4.087

2.044

% de la consommation annuelle moyenne d'un Français

0%

10,7%

5,3%

10,7%

10,7%

5,3%

Au niveau d'un individu, le cas de figure le plus favorable - domicile ou bureau de proximité où l'on se rend de manière non motorisée - correspond donc à une fraction significative de sa consommation d'énergie. Toutefois cette dernière donnée est une moyenne, englobant aussi les enfants et les personnes âgées dont les consommations unitaires sont probablement bien plus faibles que celles des actifs. Il en résulte que l'économie pour un actif est probablement inférieure en pourcentage. Toutefois l'ordre de grandeur - 10% - est loin d'être négligeable.

 

II.2.2 Bilan collectif

Plusieurs hypothèses ou considérations seront encore nécessaires pour passer des quelques éléments ci-dessus à l'estimation d'un potentiel lié à la réduction des déplacements domicile-travail.

Notons que, dans un premier temps, il est peu probable que l'on puisse obtenir un basculement d'un travailleur normal vers la catégorie "à domicile temps complet". Aussi c'est la colonne "temps partiel" qui représente le cas de figure à privilégier pour une estimation médiane.

Pour la suite, nous reviendrons au premier travail effectué pour l'OSI : 45% des salariés effectuent plus de 50% du temps des tâches éligibles pour du travail indépendant du lieu d'exécution.

Il y a environ 22 millions d'actifs en France, dont 80% utilisent la voiture pour aller travailler, en chiffres ronds. Cela étant, l'assiette éligible est limitée aux actifs du tertiaire, soit 15,5 millions de personnes environ.

Deux découpages limitent alors l'assiette pour estimer un bénéfice global :

il faut qu'ils utilisent la voiture pour aller au travail ; en supposant que sur cette population le taux de 80% s'applique, l'assiette devient limitée à 12 millions de personnes.

il faut que plus de 50% de leur activité soit composée de tâches qui puissent être exercées ailleurs qu'au bureau, ce qui limite (indépendamment de la voiture) à 7,5 millions de personnes.

C'est ce dernier nombre que nous retiendrons pour une évaluation - en ordre de grandeur - du bénéfice envisageable au niveau du pays. Selon la modalité à laquelle ces personnes sont converties, les gains envisageables sont les suivants.

lieu de travail

bureau, temps complet

domicile, temps complet

domicile, temps partiel & bureau, temps partiel

bureau de proximité, temps complet

bureau de proximité, temps partiel & domicile, temps partiel

bureau de proximité, temps partiel & bureau, temps partiel
Gain sur 50% des actifs (tonnes équivalent pétrole)

0

2.695.350

1.347.675

2.695.350

2.695.350

1.347.675

% de la consommation totale d'énergie en France

0

1,1%

0,5%

1,1%

1,1%

0,5%

% du total français de l'énergie de déplacement

0

7,2%

3,6%

7,2%

7,2%

3,6%

 

Ce tableau ce lit comme suit : si 50% des actifs du tertiaire deviennent travailleurs à domicile à mi-temps et travailleurs "au bureau" à mi-temps, sans que cela n'induise de déplacements supplémentaires quand ils sont à domicile, ni d'éloignement supplémentaire de leur domicile, le gain pour le pays est de 1,34 million de tonnes équivalent pétrole.

A l'échelle de la dépense énergétique liée aux déplacements, le gain potentiel est significatif. Ramené à l'échelle du pays, ce gain est plus modeste, mais non nul. Rappelons cependant que la consommation d'énergie augmente actuellement de 2% par an en chiffres ronds.

Il est en outre possible que la baisse des déplacements domicile-travail engendre une baisse d'autres déplacements motorisés. Ainsi, l'accompagnement à l'école est souvent motorisé car l'adulte accompagnant part au travail ensuite. S'il travaille chez lui, il pourra éventuellement choisir de faire l'accompagnement à pied (les écoles sont rarement très éloignées des lieux d'habitation).

Plus généralement l'habitude de réduire ou supprimer ses déplacements professionnels en voiture peut, par effet d'entraînement, conduire à une réduction des déplacements motorisés tout court.

 

II.3 Le cas du tertiaire

L'économie que nous pouvons envisager ici concerne tous les usages de l'énergie dans les locaux d'activité :

énergie de chauffage

eau chaude sanitaire

électricité spécifique (éclairage, ascenseurs, climatisation, appareils électriques divers).

Cette consommation représente, au niveau français, 27,5 millions de tep, c'est à dire :

11% de la dépense énergétique française totale

1,74 tep par actif du tertiaire,

50% de la consommation moyenne par Français par actif du tertiaire.

En ne prenant, pour chaque activité, que les superficies consommant de l'énergie de chauffage, la répartition se présente comme suit.

Note synthèse SES Ministère de l'Equipement mars 2001

activité

superficie de bâtiments (millions de m2)

tep consommées

kWh/ m2.an
commerces

179

7.003.000

454

bureaux, administration

160

7.342.000

532

enseignement recherche

160

2.779.000

202

santé action sociale

89

2.965.000

386

Autres

181

7.411.000

475

Ensemble

769

27.500.000

415

D'après CEREN - Observatoire de l'Energie - Enerdata (sauf dernière colonne : division faite par moi !).

 

Il nous faut maintenant connaître, en ordre de grandeur, la surface affectée à un actif du tertiaire, sachant que, sur le long terme, les économies éventuelles porteront sur cette grandeur.

Les chiffres de la DARES (Familles Professionnelles, données de cadrage, DARES, 1999) peuvent être retraités pour faire apparaître la décomposition suivante (ordres de grandeur) :

Segment

Effectifs (millions d'actifs)
commerces

3,1

bureaux, administration

5,1

enseignement recherche

2,3

santé action sociale

1,1

Autres

3,7

total

15,3

 

Cela nous amène à 70% des emplois dans le tertiaire, ce qui est cohérent avec les chiffres communément disponibles par ailleurs.

En rapprochant les deux sources nous obtenons le tableau suivant.

activité

kWh par actif

m2 par actif
commerces

26.205

58

bureaux, administration

16.699

31

enseignement recherche

14.016

70

santé action sociale

31.267

81

Autres

23.234

49

Ensemble

20.850

50

 

 

II.3.1 Bilan individuel

Il découle des calculs ci-dessus qu'un actif occupant un emploi de bureau mobilise en moyenne 30 m2 alimentés en énergie, notamment de chauffage. L'économie ne se réalise ici que si le lieu alternatif est le domicile qui, comme on l'a vu, reste chauffé dans la journée quoi qu'il arrive, et si un bureau ou un local d'activité n'a pas besoin d'y être construit spécialement.

Le gain n'a également lieu que si le parc tertiaire de l'entreprise est diminué à due proportion des effectifs présents en moyenne. Dans les autres cas de figure, et notamment en cas de bureau de proximité, il n'y a pas d'économie a priori si les surfaces mises à disposition sont équivalentes (le gain est alors fonction de l'éventuelle économie sur la surface du bureau, que ce dernier soit "de proximité" ou pas).

Le bilan peut alors se présenter comme suit selon le mode d'organisation :

lieu de travail

bureau, temps complet

domicile, temps complet

domicile, temps partiel & bureau, temps partiel

bureau de proximité, temps complet

bureau de proximité, temps partiel & domicile, temps partiel

bureau de proximité, temps partiel & bureau, temps partiel
Nombre de jours concernés

0

220

110

0

110

0

économie d'énergie du tertiaire (kWh/an)

0

15969

7984

0

7984

0

économie d'énergie du tertiaire (tep/an)

0

1,38

0,69

0

0,69

0

% de la consommation moyenne par Français

0

42%

21%

0

21%

0

Il apparaît donc que la principale source d'économies d'énergie liée à une organisation de type "télétravail" ne réside pas dans le déplacement, mais dans le tertiaire. Ramené à la consommation moyenne d'un Français, ce pourcentage est très significatif.

Toutefois ce bilan devient moins favorable s'il faut construire un bureau de proximité ou une pièce spécifique dans le logement. On estime la dépense énergétique requise pour construire un m2 de surface à 161 kilo équivalent pétrole (les déterminants de la demande énergétique et du développement, CNRS ECODEV, 1998).

Un bureau de 30 m2 (annexes comprises : couloirs, escaliers, sanitaires, etc) requiert donc une dépense de 4,83 tonne équivalent pétrole pour être construit, ce qui, amorti sur 20 ans , induit une dépense annuelle supplémentaire de 0,24 tep par bureau.

Avec construction spécifique d'une pièce au domicile ou d'un bureau de proximité (en supposant que la situation de départ est celle d'un bureau "normal" existant), le bilan s'établit alors comme suit.

lieu de travail

bureau, temps complet

domicile, temps complet

domicile, temps partiel & bureau, temps partiel

bureau de proximité, temps complet

bureau de proximité, temps partiel & domicile, temps partiel

bureau de proximité, temps partiel & bureau, temps partiel
Nombre de jours concernés

0

220

110

0

110

0

économie d'énergie du tertiaire (tep/an)

0

1,38

0,69

0

0,69

0

Création du bureau (tep/an)

0

-0,24

-0,24

-0,24

-0,24

-0,12

Solde (tep/an)

0

1,14

0,45

-0,24

0,45

-0,12

% de la consommation moyenne par Français

0

34%

14%

-7%

14%

-4%

Si le bilan reste intéressant dans le cas du domicile, la construction spécifique d'un bureau de proximité engendre une dépense supplémentaire. Bien entendu, il n'en va pas de même si ce bureau de proximité n'est pas construit pour l'occasion, mais représente simplement l'entrée dans le parc locatif de l'entreprise d'une surface existante.

Enfin si le domicile n'a pas besoin d'un aménagement particulier , le bilan est encore plus favorable, à la condition, qu'il ne me semble pas inutile de rappeler, que le parc de bureaux de l'entreprise soit diminué à due concurrence des heures de présence effective.

 

II.3.2 Bilan collectif

Nous prendrons la même référence que pour les transports : 50% des actifs du tertiaire sont éligibles, ce qui donne les potentiel suivants.

Attention ! Comme pour les transports, il s'agit d'un potentiel : il faut pour cela que les surfaces de bureaux chauffées et alimentées en électricité soient réduites corrélativement aux heures passées par les actifs dans les entreprises. Ce potentiel représente donc plus un gain asymptotique qu'un gain envisageable à court terme. Il n'y a pas de méthodologie qui permettrait de calculer ce dernier de manière évidente.

lieu de travail

bureau, temps complet

domicile, temps complet

domicile, temps partiel & bureau, temps partiel

bureau de proximité, temps complet

bureau de proximité, temps partiel & domicile, temps partiel

bureau de proximité, temps partiel & bureau, temps partiel
Economie sur 50% des actifs, SANS construction (tep)

0

10.531.181

5.265.591

0

5.265.591

0

% énergie du tertiaire

0

38,3%

19,1%

0

19,1%

0

% énergie totale

0

4,2%

2,1%

0

2,1%

0

Gain sur 50% des actifs, AVEC construction (tep)

0

8.683.706

3 418 116

-1.847.475

3.418.116

-923.738

% énergie totale

0

3,5%

1,4%

-0,7%

1,4%

-0,4%

Ce tableau se lit de la même manière : un mi-temps au domicile peut faire économiser 5,3 millions de tonnes équivalent pétrole si les domiciles sont déjà disponibles pour accueillir une activité, 4,3 millions de tep sinon.

Le potentiel d'économies est donc significatif si cela n'engendre pas de la construction. Au contraire, la création de bureaux de proximité sans abandon corrélatif des surfaces existantes (cas du temps partagé) engendre une dépense supplémentaire d'énergie.

NB : il est évident que si 50% des actifs du tertiaire travaillent de manière délocalisée, il ne peut y avoir abandon corrélatif de 50% des surfaces qu'ils occupent sans intervention de l'Etat : toutes les entreprises deviennent alors cédantes de bureaux éloignés (dans les zones d'activité, les ensembles de bureaux, etc), et aucun client "professionnel" n'existe pour ces surfaces, qui pourraient par contre être reconverties en habitations (avec conversion symétrique de certaines habitations en bureaux de proximité ailleurs).

Sans une telle reconversion, l'énergie de construction de ces bâtiments "abandonnés" est perdue de manière définitive et le bilan net en bureaux de proximité est alors une perte. Il apparaît clairement ici que la généralisation du télétravail, avec des conditions qui permettent d'en retirer un bénéfice environnemental, nécessite des dispositions lourdes d'aménagement du territoire. Nous retrouvons ici une conclusion désormais bien connue : il n'est pas possible de dissocier transports, urbanisme, et consommation d'énergie.

 

II.4 Synthèse

II.4.1 Bilan individuel

Il ressort de ce qui précède qu'un individu qui se met au télétravail à domicile peut permettre d'engendrer, sous le respect des hypothèses stipulées ci-dessus, une économie qui est de l'ordre de la moitié de la consommation moyenne par Français.

lieu de travail

bureau, temps complet

domicile, temps complet

domicile, temps partiel & bureau, temps partiel

bureau de proximité, temps complet

bureau de proximité, temps partiel & domicile, temps partiel

bureau de proximité, temps partiel & bureau, temps partiel
Économie d'énergie de déplacement (tep/an)

0

0,35

0,18

0,35

0,35

0,18

Économie d'énergie du tertiaire (tep/an)

0

1,38

0,69

0

0,69

0

Création du bureau (tep/an)

0

-0,24

-0,24

-0,24

-0,24

-0,12

Total (tep/an)

0

1,49

0,62

0,11

0,8

0,06

En % de la consommation d'énergie par Français

0

45%

19%

3%

24%

2%

 

II.4.2 Potentiel

La conversion de 50% des actifs du tertiaire à ce mode de fonctionnement, sous les hypothèses ci-dessus, permet alors d'espérer les gains suivants.

lieu de travail

bureau, temps complet

domicile, temps complet

domicile, temps partiel & bureau, temps partiel

bureau de proximité, temps complet

bureau de proximité, temps partiel & domicile, temps partiel

bureau de proximité, temps partiel & bureau, temps partiel
Potentiel de gain, en millions de tonnes équivalent pétrole

0

11,4

5,7

0,8

6,1

0,4

En % de la consommation d'énergie en France

0

4,6%

2,3%

0,3%

2,4%

0,2%

 

Le "télétravail" peut donc représenter une réelle marge de manoeuvre, mais les gains envisageables sont étroitement tributaires des modalités de mise en oeuvre :

le travail à domicile, dans tous les cas de figure, permet d'envisager des gains significatifs, même à temps partiel,

les autres modalités ne sont pas une source significative d'économie, du moins pas à l'échelle de la généralisation d'un pays, puisque cette généralisation supposerait la construction massive de bureaux dans les zones résidentielles. Défaire la spécialisation de l'espace voulue par les planificateurs des années 70 a donc un coût énergétique qui contrebalance les gains. Un bémol concerne la reconversion des surfaces sans démolition.

il ne faut bien entendu pas que l'organisation mise en place contribue à un allongement des déplacements.

 


III - Bilan comparé des émissions de gaz à effet de serre

III.1 Introduction

Chaque Français émet environ 2,8 tonnes équivalent carbone de gaz à effet de serre par an, en prenant en compte tous les gaz de Kyoto, mais sans tenir compte du changement d'usage des sols ou de l'activité forestière (cette dernière induit un puits, mais dont l'évaluation reste une affaire très délicate).

Répartition par source des émissions directes de gaz à effet de serre en France, en millions de tonnes équivalent carbone. Tous les gaz "de Kyoto" sont pris en compte mais pas les puits. d'après IFEN & CITEPA

Toutefois cette répartition ne permet pas de raisonner par unité de consommation, ce qui est nécessaire pour quantifier les économies. En effet, un véhicule a besoin de carburant, or les émissions de raffinage sont dans le poste "énergie". Il a aussi besoin d'être construit (émissions dans le poste "industrie", entretenu (poste "autres services"), de disposer de routes (poste "construction"), etc.

Ce qui va suivre se base donc uniquement sur ordres de grandeur. Un travail effectué pour le compte de l'ADEME mi 2001 (disponible sur demande), tenant compte des émissions des raffineries, et de l'amortissement de la construction des véhicules, permet de retenir qu'un kilomètre parcouru en voiture conduit en moyenne à l'émission de 80 grammes d'équivalent carbone, ou encore 1000 km conduisent à 80 kg d'équivalent carbone (la distance annuelle moyenne parcourue par une automobile française est de l'ordre de 14.000 km).

 

III.2 Déplacements

III.2.1 Bilan individuel

Sur la base des kilométrages indiqués au § II.2.1, nous pouvons établir comme suit le bilan question gaz à effet de serre.

lieu de travail

bureau, temps complet

domicile, temps complet

domicile, temps partiel & bureau, temps partiel

bureau de proximité, temps complet

bureau de proximité, temps partiel & domicile, temps partiel

bureau de proximité, temps partiel & bureau, temps partiel
nombre de jours concernés par l'économie

0

220

110

220

220

110

Déplacement économisé (km)

0

6.539

3.270

6.539

6.539

3.270

Emissions de gaz à effet de serre économisées (kg équivalent carbone)

0

490

245

490

490

245

% des émissions moyennes d'un Français

0

17,5%

8,8%

17,5%

17,5%

8,8%

 

III.2.2 Bilan collectif

Notre assiette restera celle de 50% des actifs convertis à une modalité ou à une autre.

lieu de travail

bureau, temps complet

domicile, temps complet

domicile, temps partiel & bureau, temps partiel

bureau de proximité, temps complet

bureau de proximité, temps partiel & domicile, temps partiel

bureau de proximité, temps partiel & bureau, temps partiel
Emissions de gaz à effet de serre économisées (millions de tonnes équivalent carbone)

0

3,75

1,88

3,75

3,75

1,88

% des émissions nationales

0

2,2%

1,1%

2,2%

2,2%

1,1%

 

 

III.3 Tertiaire

Pour convertir l'énergie du tertiaire en émissions de gaz à effet de serre, nous partirons du "contenu en carbone" toutes énergies confondues en France. Sachant que notre pays émet environ 110 millions de tonnes équivalent carbone par an pour le seul gaz carbonique (mais l'utilisation de l'énergie engendre peu d'émissions d'autres gaz) pour 250 millions de tonnes équivalent pétrole consommées, cela signifie que le "contenu en carbone" d'une tonne équivalent pétrole consommée est compris entre 0,4 et 0,5 tonne équivalent carbone en moyenne.

Nous prendrons donc 0,5 tonne équivalent carbone par tep en première approximation pour l'énergie utilisée dans le tertiaire.

L'énergie utilisée pour la construction a elle un "contenu en carbone" supérieur : 0,72 tonne d'équivalent carbone par tep .

Nous pouvons alors dresser l'effet des diverses modalités étudiées sur les émissions de gaz à effet de serre.

 

III.3.1 Bilan individuel

lieu de travail

bureau, temps complet

domicile, temps complet

domicile, temps partiel & bureau, temps partiel

bureau de proximité, temps complet

bureau de proximité, temps partiel & domicile, temps partiel

bureau de proximité, temps partiel & bureau, temps partiel
Nombre de jours concernés

0

220

110

0

110

0

économie d'énergie du tertiaire (tep/an)

0

1,38

0,69

0

0,69

0

Emissions correspondantes (kg équivalent carbone)

0

688

344

0

344

0

Création du bureau (tep/an)

0

-0,24

-0,24

-0,24

-0,24

-0,12

Emissions correspondantes (kg équivalent carbone)

0

-173

-173

-173

-173

-86

Solde avec création du bureau (kg équivalent carbone)

0

514

170

-174

170

-86

% de l'émission moyenne par Français, avec création

0

18,4%

9,2%

-6,2%

6,1%

-3,1%

 

L'économie est donc réelle dans le cas d'un télétravail à domicile, même à temps partiel, et même avec création d'une pièce. Par contre les autres cas de figure ne permettent pas de dégager une économie significative. Ce poste voit même sa contribution croître en cas de bureau de proximité construit spécialement pour permettre le télétravail.

Notons aussi que l'économie d'émission se partage de manière plus équitable entre déplacements et bâtiments, alors que pour l'énergie le bâtiment est prépondérant. Cela s'explique par le fait qu'une large part de l'énergie du tertiaire est électrique, donc avec de faibles émissions à la clé.

 

V.3.2 Bilan collectif

Appliqué à 50% des actifs du tertiaire, le bilan se présente comme suit.

lieu de travail

bureau, temps complet

domicile, temps complet

domicile, temps partiel & bureau, temps partiel

bureau de proximité, temps complet

bureau de proximité, temps partiel & domicile, temps partiel

bureau de proximité, temps partiel & bureau, temps partiel
Emissions de gaz à effet de serre économisées (millions de tonnes équivalent carbone)

0

3,9

1,3

-1,3

1,3

-0,7

% des émissions nationales

0

2,3%

0,8%

-0,8%

0,8%

-0,4%

 

III.4 Synthèse

III.4.1 Bilan individuel

Sous les mêmes conditions que précédemment, la conversion d'un individu au télétravail permet d'envisager des gains dont l'ordre de grandeur est contenu dans le tableau ci-dessous.

Nous n'avons retenu dans tous les cas de figure que l'hypothèse basse impliquant la construction d'une pièce spécifique pour permettre d'exercer l'activité au domicile ou dans un bureau de proximité.

lieu de travail

bureau, temps complet

domicile, temps complet

domicile, temps partiel & bureau, temps partiel

bureau de proximité, temps complet

bureau de proximité, temps partiel & domicile, temps partiel

bureau de proximité, temps partiel & bureau, temps partiel
économie liée aux déplacements (tonnes équivalent carbone)

0

0,49

0,25

0,49

0,49

0,25

économie liée au tertiaire (tonnes équivalent carbone)

0

0,69

0,34

0

0,34

0

supplément lié à l'amortissement des bâtiments (tonnes équivalent carbone)

0

-0,17

-0,17

-0,17

-0,17

-0,09

TOTAL (tonnes équivalent carbone)

0

1,00

0,42

0,32

0,66

0,16

En % des émissions moyennes d'un Français

0

36%

15%

11%

24%

6%

 

III.4.2 Potentiel

En prenant en compte les gains et pertes concernant les transports et le tertiaire, la conversion de 50% des actifs du tertiaire à une forme ou une autre de télétravail permet alors d'espérer des économies d'émissions de gaz à effet de serre dont les ordres de grandeur sont donnés ci-dessous.

lieu de travail

bureau, temps complet

domicile, temps complet

domicile, temps partiel & bureau, temps partiel

bureau de proximité, temps complet

bureau de proximité, temps partiel & domicile, temps partiel

bureau de proximité, temps partiel & bureau, temps partiel
Potentiel de gain, en millions de tonnes équivalent carbone

0

7,69

3,18

2,42

5,05

1,21

En % des émissions nationales

0

4,5%

1,9%

1,4%

3%

0,7%

 

 

 

IV - Bilan financier

IV.1 Introduction

L'exercice d'une activité professionnelle engendre nécessairement des dépenses. En fait nous ne nous placerons pas ici sur le terrain - glissant ! - des économies pour la collectivité, dans la mesure où les phénomènes pris en compte (consommation d'énergies non renouvelables, émissions perturbant le climat) n'internalisent pas leurs coûts, cette opération s'avérant du reste impossible à effectuer de manière rigoureuse.

Cela n'aurait donc pas de sens de disserter à l'infini sur le bilan financier pour l'Etat dans la mesure où une partie de ce bilan est impossible à monétariser.

Nous nous limiterons donc au point de vue de l'acteur individuel, raisonnant avec le système de prix qui est en vigueur. Cet acteur peut être l'entreprise, ou l'individu. Prendre l'Etat reviendrait à revenir par la petite porte sur l'internalisation des coûts.

Il va nous falloir maintenant affecter un prix aux composantes des divers bilans ci-dessus, et rajouter d'éventuelles composantes non encore prises en compte, non déterminantes question énergie ou gaz à effet de serre, mais financièrement sensibles (par exemple l'équipement informatique).

Les hypothèses suivantes sont alors retenues :

le déplacement domicile-travail est entièrement financé par le salarié, sur la base d'un coût moyen au kilomètre de 3 Francs (soit la base fiscale pour un véhicule de 6 CV fiscaux pour un déplacement de l'ordre de 6.000 km par an) ; ce qui suit concerne donc uniquement les 3/4 des salariés (probablement moins à Paris) qui se rendent à leur travail en voiture,

l'énergie du tertiaire est entièrement financée par l'entreprise, sur la base d'un coût moyen du kilowattheure de 40 cts de Franc TTC ; ordre de grandeur sensé approcher les coûts très variables de l'énergie pour les entreprises selon la source utilisée.

Coût moyen TTC en centimes de Francs par kWh en 2000 (sans prise en compte du rendement de l'appareil de chauffage) par nature d'énergie. Source Observatoire de l'Energie

 

les bureaux sont entièrement financés par les entreprises. L'absence d'un salarié correspond à une diminution corrélative de la surface occupée (louée, possédée, ou construite), donc en particulier chauffée. Le particulier dispose de 30 m2 de surface professionnelle, annexes comprises (couloirs, etc), ce qui est conservateur. Le coût du m2 hors oeuvre est de 10 kF TTC (on suppose qu'il n'y a pas de coût d'achat de terrain supplémentaire), avec amortissement sur 20 ans .

la création d'une pièce au domicile du salarié est supposée être à la charge de l'entreprise pour partie et du salarié pour partie, sachant que la propriété reste acquise à ce dernier à l'expiration de l'amortissement comptable. Cette pièce est requise dès qu'un temps partiel prend place au domicile,

l'équipement informatique supplémentaire est supposé être à la charge de l'entreprise, et est supposé être requis dès la création d'un 2è poste de travail, même à temps partagé . Il a été évalué forfaitairement à 20 kF et est supposé s'amortir sur 3 ans.

Les éventuels gains de productivité du salarié en télétravail (généralement constatés) sont comptés pour 0.

Pour l'entreprise, nous allons examiner deux cas de figure extrêmes. Notons tout d'abord que le gain ne dépend pas des conditions de transport du salarié. Le premier cas de figure est celui où le salarié prend à sa charge la construction éventuelle d'une surface supplémentaire servant de bureau, ou l'achat d'un appartement plus grand. Cela représente certes une sortie de trésorerie, mais le patrimoine créé reste sa propriété : il n'y a donc ni perte ni gain. Le bilan financier sommaire du point de vue du salarié se présente alors comme suit.

Bilan pour le particulier, cas d'un financement à 0% (par l'entreprise ou l'Etat) de l'immobilier "de travail" au domicile

lieu de travail

bureau, temps complet

domicile, temps complet

domicile, temps partiel & bureau, temps partiel

bureau de proximité, temps complet

bureau de proximité, temps partiel & domicile, temps partiel

bureau de proximité, temps partiel & bureau, temps partiel
économie de déplacements (F)

0

16.348

8.174

16.348

16.348

8.174

gain immobilier par an (F)

0

0

0

0

0

0

Total annuel des économies (F)

0

16.348

8.174

16.348

16.348

8.174

Toutes les formes de télétravail examinées ici lui sont donc financièrement favorables avec les hypothèses faites. Le bilan de l'entreprise se présente pour sa part comme suit :

Bilan pour l'entreprise, cas d'un financement à 0% (par l'entreprise ou l'Etat) de l'immobilier "de travail" au domicile

lieu de travail

bureau, temps complet

domicile, temps complet

domicile, temps partiel & bureau, temps partiel

bureau de proximité, temps complet

bureau de proximité, temps partiel & domicile, temps partiel

bureau de proximité, temps partiel & bureau, temps partiel
économie d'énergie tertiaire (F)

0

6.388

3.194

0

3.194

0

économie de bureaux, par an

0

15.000

7.500

0

7.500

0

équipement informatique supplémentaire par an

0

-6.667

-6.667

0

-6.667

-6.667

Total annuel des économies (F)

0

14.721

4.027

0

4.027

-6.667

 

 

Toutes les formules où le salarié travaille à temps partiel chez lui sont financièrement à l'avantage de l'entreprise. Par contre le partage entre bureau de proximité et bureau ordinaire engendre un surcoût avec les hypothèses faites.

Admettons maintenant que l'entreprise finance 100% du coût de la construction d'un bureau au domicile de son salarié, ou l'équivalent (aide à la location d'une surface plus grande, etc), le bénéfice en restant acquis au salarié à l'issue de l'amortissement de cette construction.

Le bilan du salarié se présente alors comme suit.

Bilan pour le particulier, cas d'un financement à 100% (par l'entreprise ou l'Etat) de l'immobilier "de travail" au domicile

lieu de travail

bureau, temps complet

domicile, temps complet

domicile, temps partiel & bureau, temps partiel

bureau de proximité, temps complet

bureau de proximité, temps partiel & domicile, temps partiel

bureau de proximité, temps partiel & bureau, temps partiel
économie de déplacements (F)

0

16.348

8.174

16.348

16.348

8.174

gain immobilier par an (F)

0

15.000

15.000

0

15.000

0

Total annuel des économies (F)

0

31.348

23.174

16.348

31.348

8.174

 

Le travail à domicile procure à l'évidence un gain net très appréciable. Le bilan de l'entreprise devient pour sa part.

Bilan pour l'entreprise, cas d'un financement à 100% (par l'entreprise ou l'Etat) de l'immobilier "de travail" au domicile

lieu de travail

bureau, temps complet

domicile, temps complet

domicile, temps partiel & bureau, temps partiel

bureau de proximité, temps complet

bureau de proximité, temps partiel & domicile, temps partiel

bureau de proximité, temps partiel & bureau, temps partiel
économie d'énergie tertiaire (F)

0

6.388

3.194

0

3.194

0

économie de bureaux, par an (F)

0

15.000

7.500

0

7.500

0

équipement informatique supplémentaire par an (F)

0

-6.667

-6.667

0

-6.667

-6.667

création d'une pièce au domicile (F)

0

-15.000

-15.000

0

-15.000

0

total entreprise, par an (F)

0

-279

-10.973

0

-10.973

-6.667

 

Seul le travail à domicile à temps complet devient alors financièrement envisageable pour l'entreprise. Toutefois une approche microéconomique agrégeant salarié et entreprise rend l'affaire source d'économies dans tous les cas de figure, et quel que soit le % du bureau au domicile pris en charge par l'entreprise.

Bilan consolidé entreprise + particulier

lieu de travail

bureau, temps complet

domicile, temps complet

domicile, temps partiel & bureau, temps partiel

bureau de proximité, temps complet

bureau de proximité, temps partiel & domicile, temps partiel

bureau de proximité, temps partiel & bureau, temps partiel
Economie consolidée (F)

0

31.069

12.201

16.348

20.375

1.507

Il s'avère donc que sur le plan financier le télétravail est incitatif pour un ensemble consolidé "entreprises + salariés" dans toutes ses configurations envisagées ici. Si l'entreprise et ses salariés se comportent uniquement en acteurs "économiquement rationnels", ils ont tout intérêt à généraliser très rapidement le télétravail à domicile, en répartissant le gain qui en résulte entre elles.


V - Autres gains et pertes ; effets pervers possibles

V.1 le télétravailleur distant

Le plus grand effet pervers possible de la mise en place du télétravail est très certainement d'encourager l'accroissement des distances entre lieu de résidence et lieu occasionnel de travail. Par exemple, un salarié résidant en grande ville (Paris, Lyon, Marseille) ou en proche banlieue quittant cette dernière pour "la campagne" (à 200 km, voire plus), d'où il se rendra à son bureau 2 jours par semaine, accroîtra ce faisant sa pression sur l'environnement global :

s'il vient à son bureau parisien ou lyonnais en prenant sa voiture ou l'avion (le train conduit aussi à un supplément, essentiellement d'énergie, mais peu de gaz à effet de serre) il augmentera sa consommation d'énergie totale par rapport à sa situation antérieure,

le fait de quitter la ville pour la "campagne" conduit généralement à habiter dans plus d'espace, dont le chauffage nécessitera d'utiliser plus d'énergie.

Pour illustrer le premier phénomène, nous prendrons trois cas de télétravailleurs distants, la référence restant le travailleur "habituel", qui parcourt chaque jour ouvré une distance aller-retour de 30 km en voiture. Nous supposerons que ce travailleur distant officie de son domicile.

Les trois cas de figure envisagés correspondent aux situations où le "travailleur" :

1 - déménage à 200 km de son bureau. Il s'y rend un jour par semaine, en voiture, sur 46 semaines ouvrées. Nous supposons que le déplacement nouveau se fait avec des émissions moindres par km, pour refléter un parcours rural et non urbain (60 g équivalent carbone contre 90 avant ; il ne s'agit pas, en tout état de cause, d'une grosse voiture !).

2 - déménage à 200 km de son bureau, et à 10 km d'une gare. Il se rend à son bureau une fois par semaine, en train (puis en transports en commun), après être allé à la gare en voiture.

3 - déménage à 500 km de son bureau, où il se rend une fois par semaine en avion (puis en transports en commun). Nous supposons alors qu'il habite à 15 km d'un aéroport (hypothèse probablement optimiste, mais de toute façon le déplacement en voiture pour aller jusqu'à l'aéroport est marginal dans l'ensemble dès que l'on prend l'avion).

Le jeu d'hypothèses peut se résumer comme suit.

donnée

source

valeur

unité
émissions de gaz à effet de serre de la voiture en parcours campagne jancovici

60

grammes équivalent carbone par km
émissions de gaz à effet de serre de la voiture en parcours ville jancovici

90

grammes équivalent carbone par km
distance à la gare

-

10

kilomètres
fréquence du déplacement distant

-

46

fois par an
longueur du déplacement annuel de référence INSEE

6.539

kilomètres
énergie liée au déplacement en train INRETS

0,25

kWh par km
énergie liée au déplacement en avion INRETS

1

kWh par km
gaz à effet de serre du train SNCF

2,3

grammes équivalent carbone par passager.km
gaz à effet de serre de l'avion court courrier jancovici

100

grammes équivalent carbone par passager.km

 

Le bilan de l'affaire se présente alors comme suit.

 

Cas de figure du télétravailleur distant

train

voiture

avion
distance au bureau

200

200

500

énergie de déplacement supplémentaire (kWh)

-3.462

7.413

46.000

économie d'énergie tertiaire (cas du travailleur quittant un bureau pour se mettre à domicile)

-9.974

-9.974

-9.974

bilan global pour l'énergie

-13.469

-2.561

36.026

en % de la consommation annuelle moyenne d'un Français

-35%

-7%

94%

déplacement : émissions de gaz à effet de serre supplémentaires (kg équivalent carbone)

-447

430

4.600

tertiaire : émissions de gaz à effet de serre économisées (kg équivalent carbone)

-377

-377

-377

bilan global pour les gaz à effet de serre

-824

53

4.223

en % des émissions annuelles moyennes d'un Français

-29%

2%

151%

 

Il apparaît alors que l'expatriation loin des villes peut rester une bonne affaire à trois conditions :

le salarié concerné abandonne la voiture à l'occasion (s'il se déplaçait par les transports en commun le bilan devient un surcroît de consommation)

il vient en train, de pas trop loin, pas trop souvent, et en habitant pas trop loin de la gare, ou à la rigueur en voiture, peu fréquemment,

qu'il n'augmente pas ses déplacements locaux à la suite de son expatriation : 70% du trafic de personnes est lié à des motifs autres que le travail !

Les autres cas de figure aboutissent clairement à un surcroît de consommation d'énergie et d'émissions de gaz à effet de serre. L'avion engendre un surcroît par rapport à la situation de référence quelque soit le nombre des déplacements. Pour la voiture, le bilan s'équilibre à 43 déplacements par an (cas du salarié qui vient une fois toutes les semaines au bureau, sans se déplacer pour son travail quand il est chez lui, bien entendu). Ces conclusions ne valent bien entendu que pour les hypothèses faites, mais permettent cependant d'éclairer le propos.

Il y a cependant deux choses à ne pas oublier :

en allant s'installer "à la campagne", un individu augmente généralement son kilométrage annuel pour les autres motifs : l'école n'est plus à distance marchante, pas plus que les commerces, etc, et l'installation en milieu rural d'ex-citadins débouche généralement sur une nette augmentation de leur kilométrage annuel cumulé. Ce point ne sera toutefois pas approfondi ici.

les calculs sont faits avec des émissions moyennes par véhicule. Les cadres, qui sont les premiers concernés par le télétravail, ont généralement des véhicules plus puissants que la moyenne, donc plus fortement émetteurs de gaz à effet de serre.

Sans que cela ne constitue une quantification exacte, le deuxième phénomène (augmentation de la dépense énergétique en cas d'occupation d'une surface plus grande) sera illustré par la comparaison de l'énergie de chauffage entre pavillons de banlieue et appartements de ville centre, avec discrimination entre neuf et ancien.

Energie liée au confort thermique en Watts par mètre carré selon le type de bâtiment. Source : Jean-Pierre Traisnel & al, Les cahiers du CLIP, avril 2001

Si le télétravailleur distant abandonne, à l'occasion de son changement d'organisation, la voiture pour se rendre à son bureau, n'augmente pas ses déplacements de proximité, et n'emménage pas dans une surface plus grande que celle dont il disposait, le bilan reste favorable. S'il prend l'avion à l'occasion de ce changement, le bilan est toujours défavorable. Dans tous les autres cas de figure, les effets induits et cas de figure possibles sont en trop grand nombre pour qu'il soit possible ici d'en tirer une conclusion simple.

 

V.2 emprise des routes

Les routes et parkings occupaient en 1997, en France, 16.350 km2, soit 3% de la surface métropolitaine. Cette surface a augmenté au rythme de 1,3% par an sur la période 1992-1997. Toute solution participant à une réduction du trafic participe aussi à une moindre emprise routière. Il paraît difficile de concevoir un retour en arrière (détruire une route est l'oeuvre du temps, pas d'un marteau piqueur, et la durée de vie d'une telle infrastructure est de l'ordre du siècle) mais, en admettant que cette surface soit affectée en proportion du trafic, chaque actif allant travailler en voiture mobilise 130 m2 de route : plus que la surface de son domicile !

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