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Combien de gaz à effet de serre dans notre poubelle ?

dernière version : septembre 2003

source : www.manicore.com - contacter l'auteur : jean-marc@manicore.com

 

Nous jetons chaque jour un peu plus de déchets ménagers (et ce "un peu plus" au quotidien fait rapidement "beaucoup plus" : nous avons augmenté ces déchets de 33% en 10 ans seulement, c'est considérable !) :

Évolution de la production des déchets ménagers. Comparaison européenne
Pays

Déchets ménagers (milliers de tonnes)

Déchets ménagers par habitant (kg)

1980

1990

1980

1990
France

15.570

20.320

290

360

Allemagne

21.417

21.172

348

333

Royaume Uni

15.500

20.000

312

348

Italie

14.040

20.033

252

348

Espagne

10.100

18.540

270

322

source : rapport Miquel du Sénat sur le recyclage des déchets ménagers

 Ces déchets comportent certes des épluchures de patates, mais surtout beaucoup de produits provenant de l'industrie :

Composition des ordures ménagères

Nature de déchets

en %

kg/hab/an
Déchets putrescibles

28,8%

125

Papier

16,2%

70

Carton

9,1%

39

Plastiques

11,1%

48

Verre

13,1%

57

Métaux

4,1%

18

Incombustibles

6,8%

30

Combustibles divers

3,2%

14

Textiles

2,6%

11

Textiles sanitaires

3,1%

13

Complexes

1,4%

6

Spéciaux

0,5%

2

TOTAL (1997 ou 1998)

100%

434

Source : ADEME, Déchets municipaux, les chiffres clefs - février 1998

Il est facile de constater que les déchets organiques ne constituent qu'une petite partie de ce que nous jetons !

Or la production et le travail de tous ces matériaux que nous finirons par jeter a consommé de l'énergie et engendré des émissions de gaz à effet de serre. Par exemple, pour faire un produit en acier à partir de minerai de fer, il faut effectuer les actions suivantes, dont chacune conduit a effectivement des émissions de gaz à effet de serre :

extraire le minerai,

le transporter,

le réduire avec du charbon (c'est cette opération, faite dans un haut-fourneau, qui engendre le gros des émissions),

le purifier (à l'oxygène par exemple),

le laminer ou l'étirer,

transporter l'acier produit jusqu'à son lieu de 2è transformation (pour en faire des cannettes boisson ou des portières de voiture),

effectuer la 2è transformation,

et enfin transporter le produit fini jusqu'au magasin.

A chaque stade on peut associer des émissions, plus ou moins bien identifées. Le problème de méthode essentiel survient lorsqu'une même opération sert à plusieurs choses à la fois. Par exemple, si un bateau transporte en même temps des machines à laver et des serviettes-éponge, il faut décider d'une règle pour partager les émissions du bateau entre les éléments de la cargaison (au poids ? au volume ?), et ce n'est pas toujours évident.

Cette précaution rappelée, voici des ordres de grandeur d'émissions (en kg équivalent carbone, tous gaz à effet de serre pris en compte) liés à la production d'une tonne de matériau de base :

Matériau

kg équivalent carbone par tonne produite (valeurs européennes)
Acier à partir de minerai

850

Acier à partir de ferrailles

300

Aluminium à partir de minerai

3.000

Aluminium à partir de ferrailles d'alu

600

Verre plat

400

Verre bouteille

120

Plastique de base (polyéthylène, polystyrène, PCV, PET)

500 à 1.600

Papier-carton

500

Ciment

250

Source : Jancovici/ADEME, 2003

Ainsi, quand nous achetons un kg d'acier d'emballage, supposé fait à partir de minerai, qui finira à la poubelle, nous serons à l'origine, au mieux, de 300 grammes équivalent carbone d'émissions si cet acier est recyclé (on voit donc que le recyclage ne signifie pas suppression de l'impact), et de 850 grammes au pire, si cet acier était neuf et n'est pas recyclé.

Mais les déchets sont à l'origine d'autres émissions :

les déchets "putrescibles" (déchets organiques, papiers et cartons pour l'essentiel) qui sont mis en décharge conduisent à des émissions de méthane en se décomposant, or le méthane est un gaz à effet de serre.

les déchets "combustibles" (plastique, papier, carton) conduisent à des émissions de CO2 lorsqu'ils sont brûlés, et pour le plastique, fait à partir de pétrole, il s'agit de carbone "fossile".

La valorisation permet cependant des économies :

il est possible de récupérer les matériaux (acier, alu, papier...), mais cette récupération nécessite des processus qui conduisent quand même à des émissions (dans le cas du papier et du carton, le bilan d'ensemble est à peu près identique à une fabrication à partir de matériaux neufs !),

il est possible de récupérer la chaleur de la combustion pour en faire de l'électricité ou du chauffage urbain,

il est possible de récupérer le méthane des déchets qui fermentent pour en faire aussi de la chaleur ou de l'électricité.

Toutefois la valoriation ou le recyclage ne rendent en aucun le fait de jeter "neutre" : il reste de très loin préférable de ne pas jeter, donc d'acheter des produits peu emballés.

En tenant compte de la proportion des diverses filières en France (décharge, incinération, avec ou sans valorisation), et en prenant des valeurs moyennes pour les émissions de gaz à effet de serre liées à la production des divers matériaux que nous jetons, voici la quantité de gaze à effet de serre que nous allons trouver dans la poubelle d'un Français moyen:

Nature de déchets

kg/hab/an

kg equivalent carbone par kg jeté (*)

kg equivalent carbone
Déchets putrescibles

125

0,17

21

Papier - carton

110

0,58

64

Plastiques

48

0,9

43

Verre

57

0,28

16

Métaux

18

0,6

11

Autres

76

0,5

38

TOTAL

434

-

193

(*) cette valeur inclut à la fois les émissions de fabrication et les émissions de fin de vie (liées à l'incinération et la fermentation).

Il s'ensuit que notre poubelle "contient" environ 200 kg équivalent carbone par personne et par an environ soit un petit 10% des émissions moyennes par Français. Diminuer fortement la quantité de choses que nous jetons - et par voie de conséquence la quantité d'emballages que nous achetons - représente donc une marge de manoeuvre qui, sans être suffisante, n'est pas totalement ridicule dans l'ensemble.

 

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