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Dernière modification : juin 2011
Ce combustible, dont la hausse du prix fait parfois tant rouspéter dans les chaumières, est pourtant d'un usage bien plus récent que celui du pétrole ou du charbon dans le monde. Cette énergie a même la particularité d'avoir été longtemps très "américaine" : en 1965, plus de 60% de la consommation de gaz était le fait des Etats Unis !
Consommation de gaz par grand pays ou zone depuis 1965. Il est facile de voir que les USA dominaient cette consommation mondiale il y a moins de 50 ans, mais désormais Source : BP Statistical Review, 2011 |
En ce qui concerne la consommation moyenne par personne (en moyenne mondiale), elle a été multipliée par plus de 5 depuis 1945, quand ce n'était "que" 2,7 pour le pétrole et 1,3 pour le charbon. En France, la consommation de gaz a été multipliée par 5 entre 1970 et 2000, et les importations sont passées de zéro à 13 milliards d'euros (constants) de 1970 à 2008.
Consommation d'énergie exprimée en kWh par personne et par an, selon la nature de l'énergie, depuis 1880. La croissance de la consommation de gaz par personne est plus récente que pour le pétrole, qui incidemment a probablement passé le maximum de la consommation par personne et par an juste avant le deuxième choc pétrolier. Sources : Shilling et al. 1977 & BP Statistical Review 2011 (énergie), World Resource Institute (population). |
On peut se demander pourquoi le gaz n'a pas pris son essor en même temps que le pétrole, puisque les gisements de pétrole contiennent généralement aussi du gaz (en tous cas ceux situés le plus près du sol, et qui ont été exploités en premier). Mais contrairement au pétrole, qui est liquide et donc se transporte et se stocke facilement, le gaz a la mauvaise idée d'être... gazeux. De ce fait, il est bien plus malcommode à transporter que le pétrole (il ne s'agit pas de dangerosité, mais bien de commodité pratique), ce qui se traduit économiquement par le fait que la mise en place d'infrastructures de transport de gaz est bien plus capitalistique, par unité d'énergie transportée, que pour le pétrole. Ceci expliquant cela, alors que les deux tiers du pétrole produit passe au moins une frontière avant d'être consommé, cela n'est le cas que pour 22% du gaz, et entre 10% et 15% du charbon.
Cette difficulté à le stocker et le transporter, et le fait que les usages du gaz sont peu adaptés à exploitation en sortie de puits (surtout pour le chauffage, on ne va pas déplacer les habitations près des puits juste pour pouvoir les chauffer !), ont eu pour conséquence que, jusqu'à une époque récente (la 2è moitié du 20è siècle), le gaz associé à tout gisement de pétrole était souvent relâché dans l'atmosphère sans autre forme de procès, puis, quand il a été avéré que son pouvoir de réchauffement global était bien supérieur à celui du CO2, il était alors brûlé sur le lieu de production du pétrole, dans une torchère. Ceci expliquant cela, quand les pétroliers découvraient "juste du gaz", ils considéraient le plus souvent cela comme une calamité et pas du tout comme une bonne nouvelle !
Et maintenant ? Maintenant le gaz sert un peu à tout : production électrique (le gaz fournit désormais 20% de l'électricité mondiale), chauffage, fours et chaudières industriels, matière première pour la chimie (c'est notamment en craquant du gaz - du méthane - qu'est réalisée la production industrielle d'hydrogène - avec force CO2 à l'occasion, soit dit en passant - qui est le point de départ de la chimie de l'ammoniac, puis des engrais azotés ; il y a du pétrole et du gaz pour de vrai dans nos assiettes !), et un tout petit peu dans les transports (GNL).
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Répartition des usages du gaz consommé dans le monde en 2007. Ce camembert ne tient pas compte des 4% de la production extraits qui sont encore torchés, et des 13% de la production réinjectés in situ pour améliorer la récupération du pétrole contenu dans le gisement qui contient aussi le gaz. Source : BP & CEDIGAZ 2007 |
La part importante du gaz utilisée pour du chauffage de bâtiments aux moyennes latitudes a pour conséquence que la consommation n'est pas constante toute l'année.
Evolution saisonnière de l'utilisation du gaz. On note la forte saisonnalité de l'utilisation résidentielle, et celle un peu moins forte mais réelle aussi pour les bâtiments tertiaires (commercial). Par ailleurs une partie de la production électrique au gaz sert à de la pointe, et donc le gaz correspondant n'est pas utilisé avec un débit constant toute l'année ou même toute la journée. Source : Pierre-René Bauquis, Total Professeurs Associés, 2008 |
Or comme les puits produisent toute l'année, eux, cela signifie qu'une part du gaz produit doit être stocké quelques mois en attendant son utilisation. Un stockage sur des durées plus courtes doit aussi être disponible pour les centrales électriques, car une partie du gaz sert à alimenter des turbines qui ne fonctionnent que pour fournir de l'électricité de pointe (voir page sur l'hydroélectricité pour quelques explications de base sur la pointe). L'usage du gaz est donc indissociable d'infrastructures de stockage dans le pays utilisateur, qui sont beaucoup plus complexes que pour le pétrole (rien de plus simple qu'un réservoir de pétrole : c'est une grande cuve).
Par rapport à la répartition constatée pour le monde dans son ensemble, notre pays, qui consomme aussi du gaz, présente deux éléments de différenciation :
la partie consommée dans la production électrique est assez faible (moins de 10% du total)
le chauffage absorbe à lui tout seul 60% de la consommation, et c'est de très loin la fraction qui a le plus augmenté en valeur absolue depuis 1970.
Répartition des usages du gaz consommé en France de 1970 à 2010, en TWh PCS (pouvoir calorifique supérieur). Attention, la rubrique "consommation de la branche énergie" est en bas sur le graphique mais au milieu dans la légende. Source: Chiffres clés de l’énergie, Service de l'Observation et des Statistiques (Commissariat Général au Développement Durable), 2009 |
Et une fois que nous avons exposé tout cela, quid ? Dans un monde sans limites, ce qui précède ferait un très beau sujet de géographie pour enquiquiner les victimes préférées de Zazie (dans le métro), et puis c'est tout. Mais dans notre monde à nous la situation décrite présente en fait les deux petits inconvénients suivants :
étant une énergie fossile, le gaz concourt bien évidemment aux émissions de CO2 qui perturbent le système climatique. A quantité d'énergie équivalente, il émet 30% de CO2 en moins que le pétrole et environ 50% de moins que le charbon, mais cela n'est pas zéro pour autant
les gisements de gaz, comme ceux de pétrole, mettent des centaines de millions d'années à se constituer. Le gaz est donc une énergie épuisable, qui connaîtra la même évolution que le pétrole : passage par un pic puis déclin. Ce deuxième point risque de se faire sentir un peu fortement en France dans pas si longtemps, car aujourd'hui 50% de notre gaz provient de pays riverains de la Mer du Nord, où le pic de production est attendu pour avant 2020... à un moment où les chaudières n'auront pas changé !
Répartition par zone ou pays de provenance du gaz importé en France. Pays-Bas et Norvège sont des producteurs de la Mer du Nord.
Source: Chiffres clés de l’énergie, Service de l'Observation et des Statistiques (Commissariat Général au Développement Durable), 2009