Documentation > Pétrole Gaz Charbon et autres carboneries > Prédire l'avenir (si on peut !) > Quel sera le prix futur du pétrole ?
Depuis que nous avons instauré un système économique pour gérer les échanges entre les hommes, et plus encore depuis que l'économie est devenue la première de nos préoccupations (concrétisant cela la "prophétie" de Tocqueville), prédire le prix de ceci ou cela est devenu un exercice auquel nous aimons beaucoup sacrifier. Comment va évoluer le prix du m2 de logement dans telle ou telle ville ? Le prix d'achat d'une voiture ? Les frais de scolarité d'un élève ? Et dans cette liste il n'y a pas de raison de ne pas mettre le prix du pétrole, et cela est d'autant plus vrai quand on a compris la place que l'énergie occupe dans l'avènement de la civilisation industrielle.
Cet exercice a du reste été fait un nombre incalculable de fois depuis que le pétrole a pris de l'importance dans l'économie industrielle, et la comparaison de ce qui s'est réellemment passé avec les pronostics effectués ne sont pas souvent très flatteurs pour les "pronostiqueurs" concernés ! Tâchant de ne pas tomber dans le même travers que celui qui vient d'être raillé, ce qui va suivre ne va en rien donner une idée de ce que sera le prix du pétrole en 2037, le 6 mars très exactement, mais va tenter d'expliquer quelles sont les principales composantes du prix du pétrole et des produits pétroliers payés par le consommateur final, et ce qui peut être dit sur leur évolution future.
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Les coûts techniques
Pour pouvoir consommer du pétrole, il faut l'extraire. Sauf à avoir affaire à des philanthropes, les opérateurs vont répercuter le coût dit "technique" dans le prix facturé au consommateur final. Ce coût inclut en fait les phases amont (exploration, développement) puis les coûts de production une fois les infrastructures en place. Ils représentent actuellement de l'ordre de 5 à 10 dollars le baril, mais... ils sont bien plus élevés si nous les limitons aux projets les plus récents, qui sont bien plus compliqués en moyenne que l'exploitation des gisements découverts il y a 40 ans.
Structure du cout technique d'extraction d'un baril pour le pétrole conventionnel. Le "développement" est la phase où se construit l'infrastructure d'extraction du pétrole. Source Source : ADL, Long term Outlook, 1999, In Bauquis & Babusiaux, Adadémie des Technologies, 2007 |
De 10 dollars le baril en moyenne, ces coûts pourraient passer à 50 ou 100 dans les projets futurs (récupération assistée, offshore profond, extra-lourds, etc) ; une nette tendance à la hausse des coûts d'exploration-production vs. les autres coûts de la chaine pétrolière (raffinage, transport, distribution, etc) est déjà bien visible sur les dernières décennies, avec une accélération depuis 2000.
Evolution des investissements des compagnies pétrolières, en millions de dollars, par type d'activité. Les dépenses pour trouver de nouvelles ressources ou exploiter celles découvertes dominent largement le total actuellement. Source Source: IFP & CEG, Novembre 2007, in Pierre-René Bauquis, Total Professeurs Associés, 2008 |
A 10 dollars le baril de coûts techniques, cette composante représente 6 à 7 cents par litre de produits pétroliers environ. Une petite règle de trois indique donc que à 100 dollars de coûts techniques par baril, cela augmente le prix du litre de carburant - quel qu'il soit - de 50 à 70 cents. Chacun décidera si il trouve que c'est beaucoup ou pas !
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Le pétrole = des rentes et des taxes
Dans les coûts de production, la partie qui domine n'est cependant pas le coût technique, mais la rente (qui est donc une forme d'impôt) versée à l'état propriétaire du sous-sol, qui se monte au triple (environ 30 centimes par litre à l'arrivée). Et les montants correspondants servent à alimenter le budget de l'état producteur, et donc ses dépenses dans d'autres domaines, y compris celles qui sont ou deviennent politiquement sensibles une fois en place (éducation, santé, défense, voies de communication, etc).
Lorsque la production va se mettre à décliner un peu partout, des "taxes" identiques par baril font baisser les recettes fiscales des états détenteurs du pétrole restant. Question : ces états vont avoir tendance à revoir les accords de partage pour faire monter leurs recettes par baril, ou pas ? Et si oui, qui peut prédire de combien ?
Ensuite viennent les état consommateurs. Dans les pays qui ont démarré leur histoire industrielle comme importateurs de pétrole, la fiscalité est généralement de quelques dizaines de centimes par litre (ce niveau de prélèvement est très homogène en Europe, car tous les pays européens ont démarré le 20è sicèle comme importateurs de pétrole : le but de cette fiscalité significative était justement de ne pas se retrouver avec une factur pétrolière démesurée). Ces taxes sont ensuite devenues une composante importante du budget des pays occidentaux concernés (ainsi en France la TIPP représente environ 10% du budget de l'état).
Question : comment va évoluer cette fiscalité à l'avenir ?
Dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, il serait logique qu'elle augmente, et à ce moment l'augmentation n'a pas de raison particulière d'être corrélée aux coûts de production,
si la survenue du pic de production du pétrole - proche - engendre une forte récession, il y aura à la fois la nécessité de trouver des recettes fiscales assises sur des flux peu compressibles à bref délai pour boucher le déficit fiscal lié à la récettion (une partie des usages du pétrole répond à cette caractéristique) et... un contexte politique qui ne sera peut-être pas très propice à une augmentation forte du prix des carburants alors que le chômage augmente et le pouvoir d'achat baisse,
Bref la réponse à cette question relève probablement plus de la divination dans le marc de café que de la réflexion prédictive rationnelle...
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Un marché = une offre + une demande
Enfin l'essentiel des achats de pétrole - et 100% des importations dans les pays occidentaux - se fait aujourd'hui par l'intermédiaire de "marchés", c'est-à-dire des transactions entre des acheteurs et des vendeurs. Le pétrole est donc un sous-compartiment de la bourse. Et prévoir les cours de la bourse est un exercice auquel plus d'un économiste a laissé des plumes !
Par contre il y a une corrélation intéressante qui peut être notée sur les 9 dernières années, et qui permet peut-être de prédire que... les futurs prix du pétrole ne vont pas rester tranquilles. En effet, depuis 2000, le prix du pétrole est anticorrélé... à la capacité inemployée des pays de l'OPEP (graphique ci-dessous).
En rouge, prix du baril, en dollars (échelle de gauche). En bleu : capacité de production inemployée des pays de l'OPEP, en millions de barils par jour (échelle de droite). 4 millions de barils par jour inemployés signifie que la production des pays de l'OPEP pourrait augmenter, quasiment du jour au lendemain, de 4 millions de barils par jour, soit environ 5% de la production pétrolière mondiale. Il se trouve que seuls certains pays de l'OPEP (en particulier l'Arabie Saoudite) ont cette capacité de s'adapter rapidement à la demande du moment, à la hausse comme à la baisse, et si cette capacité disparaît, alors le prix se met à faire des choses bizarres, parce que une partie de la demande ne peut pas être satisfaite, et donc le prix monte jusqu'à destruction de la demande correspondante. La forte baisse de cette capacité jusque début 2000 engendre une augmentation des prix qui s'estompe quand cette capacité résiduelle remonte, et ce processus se répète en 2005 et.... en 2008 (pas sur le graphique). Source Source: IFP & CEG, Novembre 2007, in Pierre-René Bauquis, Total Professeurs Associés, 2008 |
La corrélation soulignée ci-dessus permet de dire qu'il est peu probable que le prix du pétrole reste très sage... mais il est tout aussi peu probable qu'il devienne très durablement très cher. En effet, si le prix monte trop vite, l'économie entre en récession, du coup la demande baisse... et le prix aussi. Le graphique suivant propose une vision - pas très rose - de ce que pourrait être cet enchaînement infernal tant que l'économie dépend fondamentalement du pétrole.
La courbe du haut illustre la production maximale possible de pétrole (en orange) et sa consommation (en dents de scie). Le prix se comporte de manière erratique (courbe du bas) ; quand il est haut il engendre une récession, qui fait baisser la consommation, qui fait baisser le prix, ce qui permet du coup à la consommation de se remettre à croître, entraînant avec elle le PIB, jusqu'au moment où la consommation se heurte au "plafond de production", ce qui engendre une hausse du prix, et le cycle recommence. Incidemment, quand le prix redescend, cela rend sans intérêt les investissements privés pour économiser de l'énergie, ce qui aura pour effet de rendre la claque plus violente à la prochaine augmentation du prix. Fichue économie de marché ! Dans ce genre de contexte, prédire un prix sans dire à quelle date il est associé est un peu difficile.... |
La seule conclusion que l'on soit tenté de proposer au vu de ce qui précède est que, en univers contraint, le prix du pétrole ne sera ni durablement bas, ni durablement élevé (car dès que le prix du pétrole devient très haut plus d'un an cela casse la machine économique et fait baisser le prix), mais... durablement volatil. Si cette volatilité passe par des épisodes de prix très élevés, cela suffira amplement pour provoquer des récessions à répétition tant que nous n'aurons pas converti le système énergétique mondial (et américain), ce qui peut prendre un bon paquet de décennies...
Et pour finir sur une boutade, la seule chose de certaine pour le prix du pétrole est qu'à très long terme... il sera nul. En effet, à ce moment là nous serons tous morts ou le pétrole sera devenu parfaitement inutile, et dans les deux cas de figure son prix sera nul (sans consommateurs pas de prix, avec que des consommateurs pas intéressés pas de prix non plus). Mais c'est la période avant ce point final qui risque d'être un peu sportive !