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Le prix du pétrole commande-t-il le prix des autres énergies ?

Dernière modification : août 2010

site de l'auteur : www.manicore.com - contacter l'auteur : jean-marc@manicore.com

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Le pétrole, cela ne sert-il pas avant tout à se déplacer, et pas à produire d'autres énergies ? Pourquoi donc se poser une question pareille ? De fait, si nous regardons combien il faut de pétrole pour mettre à disposition d'un consommateur final une tonne de charbon ou un mètre cube de gaz, combien coûte ce pétrole, et comment cela se compare au coût du travail humain nécessaire dans le même cas de figure, l'affaire sera vite pliée et la réponse évidente : il n'y a aucune raison pour que le prix du charbon, du gaz, du nucléaire ou de l'hydroélectricité soit corrélé au prix du pétrole. Fermez le ban, et question suivante siouplaît.

Sauf que... la réalité n'est pas aussi simple, et que la réponse historique semble être plutôt oui. C'est d'abord plutôt oui en Europe, pour le gaz et pour une période récente.

Evolutions respectives des prix spot (donc pour achat immédiat) du gaz et du pétrole en Europe en dollars par million de British Thermal Unit, en abrégé BTU (un BTU vaut environ 1000 joules, et donc un million de BTU vaut environ 1 gigajoule, ou encore un peu plus de 250 kWh).

Sur cette période, pas très longue il est vrai, le prix du gaz semble bien suivre celui du pétrole.

Source : IFP Panorama, 2006

Evolutions respectives des prix spot du pétrole (échelle de droite, en dollars par baril) et du gaz en Europe (échelle de gauche, en dollars par million de BTU).

L'échelle étant un peu plus fine des décrochages ponctuels s'observent de temps en temps, mais en tendance la corrélation est tout aussi évidente, même si la période récente a donné lieu à un décrochement aussi.

Source : Flash Economie, Natixis, 16 mars 2010

C'est ensuite plutôt oui dans le monde, toujours pour le gaz, et avec des moyennes annuelles cette fois ci.

Evolutions respectives des prix spot (donc pour achat immédiat) du gaz pour plusieurs zones, et du pétrole, le tout en dollars par million de BTU (voir plus haut la définition du BTU), et ce depuis 1984.

Sans que la corrélation soit absolument impeccable, en tendance elle semble bien établie.

Source : BP Statistical Review, 2010

 

C'est encore oui pour pétrole et charbon sur des périodes longues dans le monde.

Evolutions respectives des prix spot (donc pour achat immédiat) du charbon pour deux zones importatrices (échelle de gauche, en dollars par tonne) et du pétrole (échelle de droite, dollars par baril).

Ici encore, sans que la corrélation ne soit parfaite, les prix du pétrole et du charbon semblent bien se répondre : ils ont tendance à monter ou descendre ensemble, avec des amplitudes proches.

Source : BP Statistical Review, 2010

Et cela reste vrai pour la France et pour une période encore plus longue !

Evolutions respectives des prix à l'importation des énergies pour la France depuis 1970. Ici encore pétrole et gaz semblent bien monter ou descendre ensemble, et cela reste vrai dans une moindre mesure pour le charbon.

Source : Bilan énergétique de la France pour 2009, Service de l’observation et des statistique (Commissariat Général au Développement Durable), juin 2010.

Maintenant que nous avons fait ce constat, la bonne question est d'essayer de comprendre pourquoi ! Une raison qui pourrait venir immédiatement à l'esprit serait une espèce d'application de la "loi du plus fort", puisque le pétrole est la première des énergies consommées dans le monde, avec environ un tiers du total exprimé en énergie primaire.

Part de chaque source dans la consommation d'énergie primaire de l'humanité. Compilation de l'auteur sur données primaires AIE, Observ'er, Energy Information Agency (USA).

Mais cet argument n'offre que peu de prise à un raisonnement construit : pourquoi donc le charbon, qui sert avant tout à alimenter des centrales électriques, verrait-il son prix vartier comme celui du pétrole, sachant que l'essentiel de son coût de production et de transport est du coût de main d'oeuvre au sens classique du terme ?

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L'exclusivité a ses limites, c'est une question de temps

En fait, l'explication n'est probablement pas à chercher du côté des coûts de production, qui seraient corrélés les uns aux autres, mais plutôt du côté des conséquences de cette évidence : la quasi-totalité de l'énergie consommée dans les pays occidentaux est vendue - et non donnée - au consommateur final. Or un processus de vente suppose - quelle originalité ! - des acheteurs et des vendeurs. Si pour un produit donné le nombre de demandeurs augmente, ou l'envie de ces derniers de disposer du produit en quantités croissantes, sans que rien ne change côté production, le prix monte quand même et les producteurs empochent plus d'argent, point.

Or il y a probablement un effet de cette nature qui joue pour les autres énergies que le pétrole quand le prix de ce dernier monte, parce que la hausse de prix sur le pétrole donne envie à certains consommateurs d'utiliser d'autres énergies pour certains usages, lorsque la substitution est possible. Cette substitution n'est certes pas immédiate, mais à l'échelle de quelques années elle peut commencer à se mettre en place, et créer une demande supplémentaire suffisante pour faire monter les prix du reste. Au sein de ces "effets de substitution" qui peuvent prendre place quand le prix du pétrole monte, nous pouvons imaginer :

le passage du chauffage au fioul au chauffage au gaz (en changeant la chaudière chez une partie des utilisateurs), ce qui fait monter le prix du gaz en augmentant la demande.

la modification des durées de fonctionnement des centrales thermiques utilisées pour équilibrer les réseaux : ces centrales comprennent en effet des unités au charbon, au gaz et au fioul lourd, et si le fioul devient trop cher on peut utiliser un peu plus les unités au charbon ou au gaz, ce qui augmente un peu la demande de gaz ou de charbon,

un effet du même ordre existe avec les chaudières industrielles (y compris celles des réseaux de chauffage urbain), qui peuvent soit brûler tout type de combustible, soit être modifiées à relativement bref délai pour changer de combustible, soit être plus ou moins sollicitées au sein d'un parc donné en fonction des prix des différents combustibles,

un effet du même ordre existe avec les chaudières industrielles,

dans les transports, mais sur des périodes longues, un petit effet de cette nature existe, avec le passage du véhicule classique à essence ou gazole à des véhicules au gaz liquéfié (ce qui déplace donc un peu de consommation du pétrole vers le gaz), ou, de manière encore plus marginale, des voitures particulières vers les trains (qui utilisent de l'électricité, donc indirectement du charbon et du gaz avant tout) ou les véhicules électriques,

et il y a probablement d'autres effets de déplacement auxquels je n'ai pas pensé !

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Une cause pour tous ?

Ensuite il peut y avoir des causes communes qui font monter tous les prix en même temps. Par exemple la production d'électricité, qui utilise peu ou prou les deux tiers du charbon produit sur la planète, va de pair avec l'activité humaine. Quand cette dernière "s'emballe" (ce qui se traduit classiquement par une augmentation de la fameuse croissance, qui n'est qu'une mesure conventionnelle d'un processus de transformation des ressources naturelles en autre chose), ce qui s'est passé de 2000 à 2008, cela augmente à la fois l'appel à l'électricité (donc au charbon vapeur), l'appel à l'acier (donc au charbon à coke), et l'appel aux transports (qui servent à déplacer les gens qui produisent, les marchandises produites, et à recycler sous forme de tourisme une partie des revenus supplémentaires apparus à l'occasion).

Dans ce genre de contexte, les prix de toutes les énergies augmentent en même temps, sauf contexte politique local qui contrecarre cette tendance spontanée des commençants à vendre plus cher ce qui est plus demandé.

Mais que la cause soit commune ou que cela relève d'effets de substitution, l'enseignement intéressant est que nous pouvons retenir que, en première approximation, un pétrole en forte hausse a toutes les chances de signifier que les autres énergies se vendront aussi plus cher dans la foulée. Et comme l'énergie n'est rien d'autre que la marque de la transformation, sans laquelle il n'y a pas "d'économie" (l'économie n'est qu'un vaste système de transformation !), cela rend logique que des tensions sur le pétrole finissent par provoquer... des tensions sur l'économie. En tous cas pour le moment cela fonctionne bien !

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