Documentation > Energie > Energie - bric à brac > Les énergies renouvelables, c'est juste de l'éolien ? (octobre 2003)
A en juger par l'espace médiatique occupé par l'énergie éolienne dès qu'il est question d'énergies renouvelables dans la presse française, voire d'énergies tout court, il est assez tentant de penser, pour nous autres Français, qu'il s'agit là d'une contribution majeure dans l'ensemble des énergies d'origine renouvelable, ou au moins celle qui présente le plus fort potentiel. Passé cette première impression, que disent les chiffres ?
Si nous regardons aujourd'hui quelle est l'énergie d'origine renouvelable la plus employée dans le monde, elle ne doit rien à la haute technologie, puisqu'il s'agit.... du bois, c'est-à-dire de la première source d'énergie que nos ancêtres aient utilisée, il y a 500.000 ans (cette source comprend aussi les déchets de bois, la paille, etc).
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Mais il faut quand même préciser un point important : c'est que le bois n'est pas nécessairement une énergie renouvelable ! En effet, par définition, une énergie renouvelable est une énergie... qui se renouvelle. Or, au rythme de consommation actuel, le bois ne se renouvelle pas en totalité, et la partie du bois brûlé - et qui a préalablement du être coupé - qui ne se renouvelle pas s'appelle... la déforestation, tout simplement.
Il y a donc une fraction de la consommation de bois qui n'est pas vraiment renouvelable, et qui ne devrait pas figurer dans ce classement ci-dessus. Il n'en reste pas moins que même la fraction renouvelable du bois constitue la première contribution aux énergies renouvelables dans leur ensemble.
Il y a d'autres énergies qu'il est courant de mettre dans la rubrique "renouvelables", alors que cette caractéristique se discute. Cela concerne par exemple l'énergie tirée des déchets municipaux. Certes, produire des déchets est le propre de la vie, et tant qu'il y aura des hommes il y aura des déchets. Mais une partie de ces déchets, aujourd'hui, se compose de plastique (environ 20%), c'est à dire de pétrole transformé, et il y a probablement débat pour savoir si cette partie - qui fournit une contribution importante dans l'énergie tirée des incinérateurs - a vraiment sa place dans les renouvelables !
La même réserve peut s'appliquer aux biocarburants, dont l'élaboration, aujourd'hui, consomme une quantité non négligeable d'énergie fossile, certaines filières ayant même un rendement négatif (c'est à dire que l'on met plus d'un litre de pétrole en entrée pour récupérer un litre de biocarburant en sortie). Cela n'est pas le cas de toutes, heureusement, mais dans les cas favorables il faut encore quelques décilitres de pétrole - non renouvelable - pour obtenir un litre de biocarburant. Alors, renouvelable ou pas ... ?
Si, abstraction faite de ces subtilités de nomenclature, qui en fait sont des débats assez fondamentaux (il est malheureusement courant de débattre sur un sujet sans même savoir comment se définit l'objet du débat !), nous revenons à notre "classement" des sources renouvelables par ordre d'importance, après le bois nous trouvons l'hydroélectricité, qui pour le coup est 100% renouvelable, et qui "écrase" aujourd'hui, et de très loin, toutes les autres sources, bois excepté.
Contribution des sources renouvelables, hors bois, à l'approvisionnement énergétique mondial en 2008, en Millions de tonnes équivalent pétrole (éuivalent primaire pour l'hydraulique et l'éolien). |
Il est assez facile de constater, sur les chiffres du tableau du haut de la page, que l'éolien, en 2008, pèse environ 2,5% du total de la production "renouvelable" dans le monde, et environ 0,4% de l'approvisionnement énergétique mondial. Mais on m'objectera, avec raison, que la faiblesse des chiffres aujourd'hui ne veut rien dire sur le potentiel futur. L'argument est, de fait, parfaitement recevable ; avant de faire 40% de l'approvisionnement énergétique mondial aujourd'hui, il fut une époque où le pétrole en faisait 0%. Pouvons nous avoir une idée du haut de la fourchette de l'approvisionnement éolien à l'avenir, "toutes choses égales par ailleurs" ?
Si nous regardons les taux de croissance sur de longues périodes qu'ont connu les autres formes d'énergie dans le passé, nous constatons qu'aucune d'entre elles, à l'exception du pétrole, n'a jamais dépassé 10% de croissance annuelle moyenne soutenue sur 50 ans.
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Taux de croissance annuel moyen, sur 50 ans, de la consommation mondiale pour les 3 principaux contributeurs actuels, selon l'année de fin de période. Exemple : les valeurs de 1960 représentent les taux de croissance annuel moyens du pétrole, du gaz et du charbon pour la période 1910-1960. Les valeurs pour 1940 représentent les taux de croissance annuel moyens du pétrole, du gaz et du charbon pour la période 1890-1940, etc. A l'exception du pétrole dans ses tous débuts (il représentait alors quelques % de l'approvisionnement mondial) aucune source majeure n'a connu de croissance annuelle moyenne supérieure à 10% pendant 50 ans. |
Revenons à notre éolien : à partir des 0,4% actuels de contribution aux 12 milliards de tonnes équivalent pétrole consommés par l'humanité, il faudrait une croissance de 10% par an en moyenne sur les 40 ans à venir pour que cette source représente en 2050 ans 25% du total mondial... si ce dernier fait toujours 12 milliards de tonnes équivalent pétrole par an. Si la consommation globale d'énergie continue à croître de 2% par an pendant les 40 ans qui viennent (c'est histoire de dire, parce que avec les informations techniques disponibles sur le pétrole et le gaz cela paraît peu probable !) alors l'éolien ferait 11% du total. Un taux plus réaliste de 5% de croissance soutenue sur les 40 ans qui viennent (ce qui nous rapproche de l'évolution historique des énergies "matures") donne respectivement 3,5% et 1,5% de l'énergie mondiale en 2050, avec ou sans croissance.
La conclusion est assez simple : avec une obligation impérative de se débarasser d'une fraction significative des combustibles fossiles dans les 40 ans qui viennent (à cause du pic pour le pétrole et le gaz, et du changement climatique pour le charbon), faire ou ne pas faire d'éolien ne fait pas une grosse différence, et surtout le lien obligé que l'éolien oblige à garder avec les centrales à gaz ou à charbon (quand il n'y a pas pléthore de barrages) n'est clairement pas à son avantage.
Mais revenons à nos moutons rotatifs pour savoir ce ue représente l'éolien en France qui, comme chacun sait, est "très en retard sur l'éolien". En fait notre pays a une hiérarchie des sources qui resemble à peu près à ce que l'on peut trouver dans de nombreux pays développés : les renouvelables qui comptent vraiment sont celles dont on ne parle pas (biomasse et hydroélectricité), celles qui font les communiqués de presse représentant beaucoup moins.
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Contribution des sources renouvelables au bilan énergétique français, en millions de tonnes équivalent pétrole (1 tonne équivalent pétrole = 11.600 kWh), en 2008. Les énergies électriques sont converties sur la base de l'énergie primaire (hydroélectricité et éolien), une conversion sur la base finale donnant à peu près 3 fois moins. La consommation totale d'énergie primaire de la France est de 275 millions de tonnes équivalent pétrole. La contribution du solaire photovoltaïque est aujourd'hui 10 plus faible que celle de l'éolien en ordre de grandeur. Enfin pour les agrocarburants nous n'avons retenu que 50% de l'énergie finale pour tenir compte (de manière pas trop sévère, ca pourrait être pire !) de l'énergie consommée pour les produire. |
Avec 3% de la production renouvelable totale, l'éolien fournit donc, dans notre pays, une part très proche de son importance dans le monde (2,6% du total renouvelable, cf plus haut).
Il est dès lors facile de voir que de passer le parc français à 10.000 MW installés permettra d'espérer environ 1% de l'approvisionnement énergétique français actuel. Cela nécessitera - déjà - 3.000 à 5.000 machines environ, c'est à dire qu'il est vraisemblable que les éoliennes deviendront des éléments courants du paysage dans les régions ventées (aussi courants que les pylônes à très haute tension, disons).
Techniquement on peut très bien le faire, et si cela peut être fait sans augmenter les émissions de gaz à effet de serre (ce qui en France n'est pas gagné d'avance, voir pourquoi sur cette page), c'est toujours cela de pris, mais même cette multiplication par 100 ne changera pas grand chose à la manière dont se présente le problème de notre approvisionnement futur si nous souhaitons diviser les émissions de gaz à effet de serre par 4 et/ou éviter un choc pétrolier futur.
Les "champions" de l'éolien que sont l'Allemagne et le Danemark ont obtenu, respectivement, une fraction de % et 1,5% de leur énergie totale par ce moyen en 2008. Au Danemark, qui a pobablement l'un des plus forts taux d'énergie éolienne dans le "mix" au monde, la consommation d'énergie a augmenté, sur la décennie 1990, de .... 1,3% par an en moyenne (source IEA). Dix ans d'efforts dans l'éolien ont tout juste servi à "absorber" une année de hausse de la consommation d'énergie, et pour cela, il a fallu en mettre des machines ! (ci-dessous).
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Implantations éoliennes au Danemark. Manifestement, ce pays est allé assez loin dans ses efforts, ce qui n'a malheureusement pas eu d'effet considérable sur sa consommation d'autres énergies ou ses émissions de gaz à effet de serre. |
A l'évidence l'éolien occupe aujourd'hui un espace journalistique bien excessif compte tenu de son importance réelle, quel que soit le pays considéré.