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Qu'est-ce que j'en dis vraiment ?

mai 2011

site de l'auteur : www.manicore.com - contacter l'auteur : jean-marc@manicore.com

 

Ceux qui aiment la logique me diront que je l'ai cherché : à force de publier des bouquins et de causer dans le poste de temps en temps, des gens que ne connais ni des lèvres ni des dents disent des trucs sur moi. Pour ce que j'en picore ici et là, des fois c'est sympa, des fois ça l'est moins, des fois ça part de ce que j'ai dit, des fois "on" me prête des pensées, déclarations ou intentions qui sont des inventions plus ou moins sophistiquées, bref je découvre les joies d'une (toute petite) vie publique.

Il m'arrive aussi d'être invité - suprême consécration en ces temps médiatiques - à une émission de radio ou de télévision, ou de voir mon nom cité par un tiers un article de journal.

Pour ceux qui n'auraient rien de mieux à faire pour occuper leurs soirées, j'ai consigné ci-dessous quelques réflexions ou précisions applicables aux endroits où je suis cité ou invité. Incidemment, cela me permettra aussi de faire des gains de productivité en recyclant ce texte à chaque fois que "on" me demandera pourquoi je ne réponds pas à une attaque ici ou une question là, ou si c'est bien vrai ce que l'on me prête comme opinion !

Ces quelques lignes commencent par ce qui est applicable à Internet.

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Ai-je regardé toutes les pages Internet où mon nom apparaît ?

Google créditant le patronyme "Jancovici" de 50.000 à 100.000 références quand on lui pose la question, la réponse est à l'évidence non. Faites le calcul : à raison de 30 secondes à une minute (ce qui n'est pas gras) par référence, il me faudrait 50.000 minutes, soit... 100 jours (avec 8 heures par jour) pour en faire le tour. Si je passais 100 jours à me "regarder dans Internet", j'aurais beau jeu de plaisanter sur tout être du sexe féminin passant 2 heures dans une salle de bains !

Donc non, je n'ai pas tout regardé. Et n'ayant pas tout regardé, ca me donne une première bonne raison de ne pas répondre quand je suis cité d'une manière que j'estime erronée sur un site : une bonne partie du temps, je ne suis tout simplement pas au courant !

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Qu'est-ce que je fais quand je suis cité sur un site ou forum et que j'estime que c'est injustifié ?

Réponse : rien. Et je pense que c'est - par défaut probablement - la meilleure des options :

Déjà, comme indiqué plus haut, l'essentiel du temps je ne suis pas au courant. Je pourrais certes essayer de l'être, mais cela me renvoie au problème précédent : où trouver le temps ? Mon temps professionnel et assimilé (dans l'assimilé je mets tout ce qui est enseignement et associatif) est déjà occupé à 150% par mes activités existantes... Répondre à des accusations infondées, c'est donc prendre un temps normalement consacré à des gens que je connais, et que souvent j'estime, ou à des actions que j'estime pertinentes, pour répondre à des gens que le plus souvent je n'ai jamais rencontré, qui n'ont pas l'air de me trouver spécialement à leur goût, et que j'ai peu de chance de faire changer d'avis. Est-ce que ca serait vraiment le bon arbitrage ?

Quand je suis cité sur un site "statique" (comme le mien : pas de possibilité de mettre des commentaires) je pourrais éventuellement écrire à l'auteur du site (à supposer qu'il mette son mél), mais l'expérience montre qu'une personne qui, pour justifier l'opinion négative qu'elle a de moi, m'a prêté des propos que je n'ai pas tenus, ou qui m'a attribué des caractéristiques qui sont fausses (que je suis payé par tel ou tel alors que ce n'est pas vrai, que j'ai eu tel travail ou tel rôle dans telle organisation alors que ce n'est pas vrai, j'ai dit telle chose alors que ce n'est pas vrai, etc) réagira rarement de bonne foi si je lui en fais la remarque. Corriger la couleur de mes yeux s'obtiendra à la rigueur, mais faire corriger ce que j'ai vraiment voulu dire si ca conduit à affaiblir la prise de position de la personne à qui je m'adresse, le succès est moins garanti !

Si je me dis que je vais répondre à une partie des interpellations, vu que je ne pourrai jamais répondre à toutes, comment est-ce que je trie ? Je pourrais le faire par audience de site ou de forum, mais il faudrait que je connaisse ces dernières, et puis le nombre ne fait pas nécessairement la qualité, ou l'influence. Je pourrais me baser sur la qualité des autres échanges si c'est un forum, mais il faudrait que je lise bien ces derniers, ce qui renvoie au problème du temps. Je peux commencer par les plus récentes, mais ce ne sont pas nécessairement les plus importantes. Etc...

Si je réponds à une partie des interpellations, il y aura toujours un doute pour celles auxquelles je ne réponds pas : est-ce parce que je n'ai pas le temps, ou est-ce parce que l'argument est tellement fondé que je n'ai rien à dire ? Dit autrement, si je réponds à une partie seulement il y aura "des gens" pour soutenir que c'est par manque d'arguments que je ne réponds pas au reste, et donc le grand paradoxe est que passer du temps n'aura pas nécessairement supprimé le malentendu, voire l'aura augmenté !

Une partie des interpellations se fait sur des forums réservés aux inscrits, abonnés, et autres formules qui permettent de montrer patte blanche. Sur ces forums, tout le monde peut lire mais pas nécessairement répondre facilement quand on est concerné. Cela passe par des procédures qui sont trop lourdes pour pouvoir répondre à la volée, par exemple en mettant un lien en 10 secondes.

Quand une personne qui vous prend dans le nez trouve le temps de poster plusieurs contributions dans la journée, et ce plusieurs jours par semaine, ce n'est pas la peine d'essayer de jouer contre elle : toute personne qui n'a pas le même temps disponible perd par forfait, puisque le dernier mot revient à celui qui a le plus de temps, non à celui qui a les meilleurs arguments.

Enfin, pour finir, je confesse que deux caractéristiques des forums sont un peu "repoussoir" pour votre serviteur : l'anonymat de l'essentiel des contributeurs, ce qui permet à beaucoup de s'en servir comme défouloir et non pour construire, et le caractère souvent décousu des échanges. Sur ce dernier point, sur nombre de forums, au bout de 4 à 10 commentaires on se met souvent à avoir des propos totalement déconnectés de ce qui a démarré la discussion, et plus on avance et moins il y a de "fil" directeur, ce qui fait que l'on ne sait plus exactement à qui et à quoi on doit répondre.

Ceci expliquant probablement cela, on compte de plus en plus de forums qui souhaitent rester "sérieux" qui mettent en gros et en rouge des invitations à rester calme, à éviter les procès d'intention et les affirmations fantaisistes, à faire monter la température à coups de jurons et de propos déplacés, etc.

Dans ce contexte, donc, je n'interviens jamais sur un forum où je suis cité ou interpellé. Si un jour je suis accusé de meurtre à tort, on verra, mais tant que les accusations infondées se bornent à expliquer que je suis "acheté par le nucléaire" (ce qui se discute : l'essentiel de mes clients me demande des idées pour économiser de l'énergie, ce qui n'est pas précisément le métier des fournisseurs d'énergie ; Areva et EDF ont contribué à 1% du chiffre d'affaires de la société qui m'emploie, et je n'ai jamais été leur salarié), que je suis un des conseillers de campagne de Hulot (ce qui est faux), que j'ai changé d'avis sur un sujet fondamental alors qu'en fait je n'ai pas changé d'avis du tout (ce qui est en général facile à vérifier), que je suis supposé penser ou vouloir dire telle chose alors que je ne l'ai jamais ni pensée ni dite, je laisse dire. Et puis, divine surprise, il arrive même que quelqu'un prenne le temps de rectifier l'information erronée (pour ce que j'en ai vu, je ne regarde pas tout), et j'en remercie sincèrement.

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Quid de "ma" page Facebook ?

"Ma" page Facebook... n'est pas gérée par moi. Elle a été créée par un homme que je ne connaissais pas, Gilles Robert, qui l'a fait sans me demander mon avis, mais avec un but sympathique, qui était de partager mes élucubrations ou préoccupations dans les réseaux sociaux. J'ai appris la chose par hasard par le biais d'une de mes filles, c'est dire si je n'ai pas commandité l'opération ! Je précise que le site que vous êtes en train de consulter me suffit amplement en termes de partage d'informations, et donc que je n'ai jamais créé de page fesse-bouc "personnelle", et que n'envisage pas de le faire sauf si on m'explique que l'avenir de quelque chose qui m'est cher en dépend.

Quand j'ai vu que cette page atteignait quelques centaines "d'inscrits", je me suis dit qu'il était quand même souhaitable que cette bonne intention ne se transforme pas en source de confusion, et donc j'ai envoyé à l'un des administrateurs (car ils sont plusieurs, mais je n'en fais pas partie) un mot avec quelques souhaits, qui ont été reproduits dans la rubrique "info" de cette page. Ce que j'ai dit est en gros que si "on" a envie de respecter mon esprit sur cette page, alors je souhaite :

que les administrateurs (qui écrivent avec mon nom) précisent bien qu'ils ne sont pas moi (!), ce qui signifie que leur mot commence par leur vrai nom (ce qui est fait, pour autant que je puisse en juger),

que les contributions ne soient pas anonymes (ce n'est hélas pas toujours le cas), puisque quand on est de bonne foi - et sur les sujets énergie et climat on doit pouvoir l'être, cette page ne propose pas un site de rencontres pour couples mariés - je ne vois pas pourquoi on aurait besoin de l'anonymat,

qu'elles aient pour but d'aider le lecteur à comprendre le monde avant de le juger et non l'inverse,

qu'elles se basent sur ce qui est contenu dans la littérature scientifique et technique à comité de lecture avant toute chose, et sur des raisonnements quantifiés,

qu'elles évitent l'attaque personnelle et l'injure,

qu'elles restent raisonnablement apolitiques. Cela signifie que rapporter un propos de dirigeant en exercice pour le décortiquer calmement ne pose pas de problème, mais par contre que l'on évite de se lancer dans de longues déclarations sur les turpitudes ou les mérites d'une personnalité donnée, qui est quand même vachement mieux que l'abruti(e) d'en face.

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Quid de "ma" page wikipedia ?

N'importe qui pouvant modifier le texte de cette page, le contenu de cette dernière n'engage forcément que ses rédacteurs (ce propos est vrai pour tout ce qui se trouve dans Wikipedia, du reste).

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Quid de mes citations dans les media ?

Il arrive qu'un journal ou une émission contienne la citation de mon patronyme. Soit le journaliste me cite directement (par exemple il dit que je suis en cour avec tel ou tel personnage politique, que j'ai influencé telle ou telle décision, que j'ai dit ou pensé ceci ou cela, etc), soit il rapporte les propos d'un tiers qui me cite. Voici quelques petites choses à avoir en tête sur le processus en pareil cas :

Quand le journaliste me cite directement, il ne dit pas toujours explicitement d'où il tient l'information. En général les citations en italiques proviennent de propos directement recueillis par le journaliste, mais il peut avoir simplifié en résumant, et il peut s'être fourni ailleurs : propos recopiés dans un autre journal, une dépêche, etc, et à ce moment il est parfaitement possible qu'il recopie une citation qui était elle-même non conforme à ce que j'aurais dit en direct.

Il est rarissime que je sois contacté pour que je confirme des propos qu'un tiers m'aurait prêtés. Et puis les mauvaises langues diraient (et elles auraient raison) que quand bien même je le serais, le plus souvent je ne serai pas disponible dans les délais pour m'occuper de ce point là ! Car comme beaucoup j'ai un boulot, des engagements ici et là, un banquier (hélas), un dentiste (hélas), une famille, etc, et ca se discute que le ou la journaliste qui vous contacte doive être prioritaire sur tout cela même si c'est pour vous interroger sur un truc pas sympa dit par quelqu'un d'autre.

il arrive (j'ai quelques exemples) que je n'aie pas le temps de parler à quelqu'un - personne qui tient un forum et qui m'envoie un mél, journaliste, etc - et que celui-ci ou celle-ci se fasse son film tout(e) seul(e) sur les raisons pour lesquelles je n'ai pas donné signé de vie (j'ai fait le mort parce que j'ai des choses à cacher, parce que je suis un vendu qui a honte, etc). Ainsi soit-il, je fais comme pour les forums et je ne déments pas (sinon j'y passe la nuit). Si on m'accuse à tort de pédophilie je verrai, mais pour le moment je me dis que la simple lecture de ce que j'écris doit suffire comme réponse...

Je ne suis évidemment engagé que par ce que je dis en direct. Dès que "on" m'attribue un propos sans que je le tienne en direct, c'est le début du téléphone arabe, et comme nous y avons tous joué on sait que c'est un processus qui n'est pas fiable à 100%. Question : où est-ce que je m'exprime en direct ? Simple :

quand je rédige directement un texte (au sein de livres, ou sur ce site),

quand je cause en direct dans le cadre d'une conférence (passée ou à venir),

quand je cause en direct à la radio ou la télé. Mais... dès que c'est monté - journal télévisé, extraits, etc - nous ne sommes déjà plus dans un cadre fiable : la personne qui fait le montage est un intermédiaire dans le processus, et ni vous ni moi ne savons pourquoi elle retient ceci plutôt que cela, et vous ne savez pas si ce qui est retenu est 98% ou 3% de ce que j'ai dit ( on peut le regretter ou s'en féliciter, mais c'est ainsi)

même une tribune ou une interview sort de l'expression directe stricto sensu !

Quand le propos est rapporté par quelqu'un qui s'apprête à expliquer ensuite qu'il n'est pas d'accord avec moi, ma petite expérience est qu'il est courant que ma pensée ne soit pas traduite de manière honnête, ou que l'affirmation comporte une inexactitude (sur ce que je fais, sur ce que j'ai dit, sur la raison pour laquelle j'ai dit ceci ou cela, etc). C'est normal : exagérer la pensée de l'autre - voire inventer ce qu'il pense - rend évidemment plus facile sa critique ensuite. Ce procédé est particulièrement fréquent sur le nucléaire civil. Certains me font le grand honneur de m'avoir pris pour bête noire, mais ce qu'ils disent n'engage évidemment qu'eux, et le fait que je ne cherche pas à répondre est lié à la contrainte de temps exposée plus haut, et à rien d'autre.

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Quid de mes apparitions dans une émission de radio ou de télé ?

Parfois je suis invité à une émission de radio ou de télévision. Voici quelques règles à avoir en tête :

Ce n'est évidemment jamais moi qui décroche mon téléphone pour demander si je peux venir. Quand on cause dans le poste, c'est toujours parce qu'un journaliste vous a proposé de venir (ma chronique sur France Info et mon intervention pour ECO2 Climat obéissent aussi à cette règle : j'ai été invité, je n'ai rien demandé !). Une émission de radio ou de télé, ce n'est pas comme un RV chez le dentiste : si vous êtes invité mais ne pouvez pas au moment qui intéresse le ou la journaliste, vous n'avez pas toujours la possibilité de négocier un autre créneau (si c'est lié à "l'actualité", vous n'avez pas de deuxième chance). Pour être transparent sur mes statistiques (que je ne tiens pas de manière suivie !), je dirais qu'à vue de nez je suis disponible une fois sur trois à une fois sur cinq quand je suis invité à une émission.

Quand je suis invité, je ne choisis ni les autres invités s'il y en a (je peux refuser d'y aller si je les connais et qu'ils m'indisposent, mais là s'arrête mon pouvoir d'objection), ni les questions, ni l'ordre dans lequel elles seront posées, ni à côté de qui je suis assis si c'est à la télé, ni l'horaire - c'est celui de l'émission, etc. Je ne choisis pas plus la fréquence des invitations.

Si les journalistes qui m'invitent souhaitent le faire surtout pour parler nucléaire, et très peu pour parler de la dépendance de notre civilisation au pétrole, j'ai deux options : refuser (je le fais parfois) parce que je ne veux pas donner l'impression que je ne m'intéresse qu'à un sujet donné, ou y aller parce que c'est ca ou rien, et à ce moment je réponds aux questions posées et pas à d'autres (difficile d'aller à une émission sur le nucléaire pour parler essentiellement de transports). Mais il ne faut pas confondre hiérarchie des apparitions médiatiques par sujet et hiérarchie des préférences personnelles pour les sujets en question. Encore une fois, je ne décide pas des invitations.

Quand on a 2 ou 3 minutes de temps de parole dans une émission, on dit ce que l'on peut dire, et non tout ce que l'on souhaiterait dire. En pareil cas les malentendus vont toujours se nicher dans ce que l'on a pas eu le temps de dire.

Quand je décide du sujet, ce qui est le cas de ma chronique sur France Info, j'essaie de ne pas être monomaniaque sur l'angle d'attaque !

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Application numérique : le rôle de votre serviteur auprès de Nicolas Hulot

Vous vous rappelez tous vos vieux souvenirs de maths et de physique : il y a la théorie et la pratique, ou encore la théorie et "l'application numérique". Comme on ne change pas une recette qui gagne, je vous propose le même exercice ici, à savoir appliquer ce qui précède à un cas concret qui a déjà commencé : ce qui peut se dire et ce qui ne peut pas se dire de votre serviteur en ce qui concerne ses relations avec Nicolas Hulot, notamment depuis que notre ami a décidé de se lancer dans la présidentielle pour 2012. Je vais me limiter à commenter si je suis un "conseiller de Hulot" (que je serais dans le cadre de sa campagne si j'en juge par quelques propos lus ici et là), et "Hulot, Janco et nucléaire" (Nicolas Hulot aurait changé d'avis alors que j'ai tout fait pour le persuader du contraire).

"Conseiller" est une étiquette qui vous est facilement collée sur la figure dès que vous fréquentez un personnage qui semble hors de portée pour le commun des mortels (ou au moins pour la personne qui fait le commentaire). Ainsi Hulot allant causer à Sarkozy a été étiquetté "conseiller" de ce dernier, et votre serviteur faisant partie d'un comité de la Fondation Nicolas Hulot est devenu "conseiller" de Hulot. Dans le même esprit, en 2007, Le Monde qu'a qualifié de conseiller de Bayrou parce que je suis allé passer un peu de temps avec ce dernier (tout simplement parce qu'il était le seul candidat à me l'avoir proposé !). Donc "conseiller", souvent, c'est tout simplement "qui a la possibilité de parler à". Ca ne veut pas dire automatiquement qu'on vous demande des conseils, ni que c'est exclusif, ni que c'est fréquent, ni que vous avez du poids...

Avant l'annonce de la candidature de Nicolas Hulot, ce dernier était président d'une fondation portant son nom (qui a désormais changé de nom et s'appelle Fondation pour la Nature et l'Homme). Depuis 2001, je suis membre, dans cette fondation, du comité de veille écologique (CVE), qui a été constitué à la demande de Nicolas pour l'aider à y voir clair dans les questions d'environnement (il est évident que cette partie du mandat tombe de fait avec Nicolas qui cesse d'être président, mais c'est une autre histoire). Ce comité a élargi son mandat au fil des années en contribuant aussi aux prises de position de la Fondation. A ce titre j'ai fait partie des rédacteurs du Pacte Ecologique, et pendant la période qui a précédé la rédaction du Pacte (2001 à 2007 on va dire) j'ai eu des échanges relativement fréquents avec Nicolas Hulot. Ces échanges se sont ralentis après la sortie du Pacte, pour des raisons normales : agenda de chacun qui se remplit, moins d'occasions provoquées de se voir parce qu'il n'y a plus un produit "fort" à fabriquer ensemble, etc. Mais cela a empêché de fait que nous ayons des échanges "privatifs" approfondis sur quoi que ce soit après le début du Grenelle (nucléaire inclus, mais pas seulement).

Ces échanges pré-Pacte n'ont pas concerné tous les domaines possibles de l'environnement : nous avons beaucoup parlé changement climatique, ainsi que biodiversité, agriculture, et gouvernance (qui sont sans surprise les thèmes centraux du Pacte), mais bien d'autres sujets ont été très peu évoqués, faute de temps et/ou par nécessité de mettre des priorités. Il en est allé ainsi de la déforestation, de la gestion des ressources halieutiques, des indicateurs de prospérité, du pétrole, du gaz, du charbon, des barrages, des déchets industriels dangereux, et de l'énergie en général, et donc du nucléaire en particulier (mais nous n'avons pas plus parlé significativement de pétrole à cette époque). Certains de ces sujets ont été travaillés au sein de la FNH après 2007, mais les aspects scientifiques et techniques du nucléaire n'en ont jamais fait partie.

Dans le cadre de sa campagne, Nicolas Hulot prend aujourd'hui position contre le nucléaire (de manière toute aussi prudente qu'il prenait position pour, si je peux avoir un avis). Cela n'est pas un revirement par rapport à une conclusion que nous aurions construite ensemble, puisque la Fondation Nicolas Hulot n'a jamais eu de travail approfondi puis de proposition tranchée sur le nucléaire (comme par exemple construire tant de réacteurs, ou au contraire les détruire à tel rythme, faire ceci ou cela pour la 4è génération, proposer telle ou telle modification au traité de non prolifération, etc).

Dans le Pacte Ecologique, il y a une déclaration plutôt favorable faite sur le nucléaire par Nicolas dans la première partie du livre, mais ce n'est pas une proposition de la FNH : c'est son avis à ce moment là (le livre est en deux parties), et si cet avis me doit quelque chose ce sont mes écrits qui en sont à l'origine, mais comme expliqué plus haut je n'ai guère fait plus. Nicolas Hulot est maintenant d'un avis différent qu'à l'époque du Pacte, ce qui est assurément son droit le plus strict. Malgré Fukushima, le mien n'a pas changé : je continue à penser que dans un contexte de contraction généralisée de l'accès aux ressources, recourir au nucléaire civil évite plus de risques que cela n'en crée, et je n'ai jamais dit ou écrit que le nucléaire était sans risques, pour l'excellente raison que je ne l'ai jamais pensé. Nous ne sommes donc pas d'accord sur un point précis, dont acte. S'il souhaite que nous en discutions ensemble, dans le calme et la bonne humeur, ca sera avec plaisir !

Enfin, lorsqu'un individu qui a été président d'une Fondation devient candidat à une élection présidentielle, il change de casquette, change d'objectifs, change de contraintes, change d'alliés nécessaires, et donc très logiquement change de discours sur certains points et change au moins partiellement d'équipe. Il ne fait pas nécessairement cela "contre" ceux avec qui il a travaillé avant et dans d'autres cadres.

Dans le cadre de cette évolution de Nicolas Hulot, il s'est choisi une équipe de campagne. Je n'en fais pas partie, et n'ai aucune intention de le faire. Cela ne veut pas dire que le personnage me devient antipathique : j'estime juste que d'en faire partie n'est pas compatible avec mes autres fonctions, et que ce n'est pas de rentrer dans son équipe de campagne qui servirait le mieux la défense des propositions que je soutiens. L'avenir dira si j'ai eu tort ou raison !

 

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