La lune

Manicore



"C'est maintenant !"

préface à l'édition de poche - mars 2010

site de l'auteur : www.manicore.com - contacter l'auteur : jean-marc@manicore.com

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En mars 2009 paraissait, en grand format, l’excellent ouvrage que vous vous apprêtez à lire, dont le titre impératif était assorti du sous-titre « trois ans pour sauver le monde ». D’aucuns esprits chagrins - mais sachant compter - feront opportunément remarquer que, s’il n’y avait que trois ans début 2009, début 2010 il n’en reste plus que deux. Une question en amenant une autre, il est légitime de se demander si, aujourd’hui, ce livre aurait été écrit de la même manière, avec la même exhortation à l’urgence, et s’il ne nous reste vraiment que « deux ans pour sauver le monde ».

Depuis que nous avons écrit ce qui suit, il s’est évidemment passé quelques menus événements sur la seule planète habitable du système solaire. Une crise financière massive a suivi la crise économique qui a démarré début 2008, renforçant la crise économique initiale ; la France compte 600.000 chômeurs de plus, qui illustrent tragiquement l’enchaînement décrit dans Le Plein s’il vous plaît (des mêmes auteurs) et le présent ouvrage ; les Etats-Unis et la Grande Bretagne, battant en brèche vingt ans de discours néolibéral, ont nationalisé explicitement ou de fait banques et crédit immobilier ; General Motors, habitué depuis trop longtemps à vendre des voitures trop gourmandes à des consommateurs qui payaient l’énergie trop peu cher, a fait faillite ; la taxe carbone est apparue dans la loi de finances, puis la charte de l’environnement dans une décision du Conseil constitutionnel ; pour la première fois dans l’histoire des hommes, 120 chefs d’état se sont rendus à un sommet où il était question de limiter délibérément les émissions de gaz à effet de serre (Copenhague), et en sont ressortis avec la conclusion que la taxe Tobin était peut-être une bonne idée ; deux ans après avoir plaidé : « hors la croissance, point de salut », le président français commandite à la commission Stiglitz un rapport sur le moyen de se débarrasser du PIB comme indicateur représentatif de notre bien-être ; notre pays met en place une « commission grand emprunt » qui, bien qu’imparfaite, fait revivre un peu l’esprit de planification qui a précédé et accompagné tous les grands programmes français des années 60 et 70 ; des « transfuges » de l’Agence Internationale de l’Energie disent publiquement que la croissance de la production de pétrole précédemment annoncée est un leurre. En résumé, des positions ou options qui pouvaient paraître excessivement audacieuses, voire hérétiques, il y a un an seulement (nationaliser une banque aux USA ? Mais vous n’y pensez pas…) sont devenues sinon acceptables, du moins sujettes à débat.

Dans le même temps, la titrisation du crédit qui était à l’origine de la précédente crise économique est toujours pratiquée, aggravant par construction la prochaine crise qui sera provoquée par l’explosion des prix de l’énergie, vraisemblablement d’ici deux à trois ans tout au plus. Parallèlement, il ne se passe pas un mois sans qu’une information scientifique nouvelle et inquiétante ne soit publiée sur l’évolution du climat, sans pour autant que le degré de connaissances sur le sujet de l’essentiel de nos responsables politiques n’ait augmenté à la mesure de l’urgence, ni que le nombre d’éditeurs et de journalistes continuant à donner la parole à des imposteurs laissant croire que nous n’avons pas de problème grave avec la contrainte énergie-climat ait notablement baissé.

Malgré ce panorama mitigé, il s’est passé une chose importante : ce livre a été lu. Cela nous a valu des retours, souvent constructifs et parfois très critiques, sur plusieurs points déterminants de notre propos. Tout cela aurait pu (dû ?) nous inciter à reprendre cet ouvrage : avec le recul du temps, une nuance ici, une précision là, voire un changement d’avis sur un point non central encore ici, auraient été envisageables. Pourtant, nous n’en avons rien fait, préférant garder à l’ouvrage sa fraîcheur première, et l’esprit d’urgence qui en avait guidé l’écriture et reste pleinement d’actualité. Car si nous parlons davantage de ces problèmes, nous n’avons que très marginalement commencé à nous y attaquer. L’action que nous souhaitons dans ce livre devrait idéalement aller à la même vitesse que la reconversion de l’industrie américaine en 1942 : n’importe qui constatera que ce n’est pas ce qui se passe. Au sein du public des « convaincus », la conviction n’a pas décru, mais ce public, qui accepte l’idée qu’il faut faire des efforts considérables dès aujourd’hui, reste toujours marginal devant la masse de ceux qui pensent que ces affaires d’énergie ne méritent pas plus que la place que nous leur donnons aujourd’hui.

Pour en revenir à la question de l’échéance qui était parfaitement explicite dans le sous-titre (« 3 ans pour sauver le monde »), nous sommes hélas toujours « dans les clous » : c’est bien d’ici  à 2012 qu’il faut avoir mis la planète sur les rails de la transition massive. L’année qui s’est écoulée depuis la parution de ce livre ne rend pas cet espoir complètement vain, mais il faut se hâter de passer à la vitesse supérieure : l’horloge tourne.

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