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Entretien paru dans Témoinage Chrétien en janvier 2007

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site de l'auteur : www.manicore.com - contacter l'auteur : jean-marc@manicore.com

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Que pensez-vous de la polémique attribuant le réchauffement au cycle climatique naturel plutôt qu’à l’activité humaine ?

Dans son film, Al Gore se livre à un décompte amusant. Sur mille articles scientifiques pris au hasard et traitant de l’influence de l’homme sur le climat, il a compté combien d’articles affirment qu’il ne se passera rien si l’homme met plus de CO2 dans l’air. Résultat : aucun. Il a fait la même expérience avec la presse grand public. Résultat : un article sur deux. Le problème n’est donc pas chez les scientifiques, mais chez les journalistes qui les vulgarisent auprès du grand public. Quiconque ne connaît pas la question sera tenté de donner la parole à tous. Nous avons aussi tendance à confondre la vérité avec ce que nous avons envie de croire. Ces deux raisons expliquent ce décalage. En plus, le débat médiatique se focalise essentiellement sur la question de savoir si le réchauffement est déjà là et si l’homme en est déjà responsable. Or savoir si l’homme est responsable à 40% ou 75% de l’élévation de température observée au cours du 20ème siècle est un débat médiatiquement dominant mais scientifiquement secondaire. Le problème essentiel réside dans ce que nous pourrions voir plus tard, non dans ce que nous avons déjà vu. C’est comme le tabac : si vous fumez depuis trois mois et que vous toussez un peu le matin, la question la plus importante n’est pas de savoir si c’est la cigarette qui en est la cause, mais bien ce que vous risquez pour l’avenir en continuant à fumer deux paquets par jour. Les médias ne peuvent braquer une caméra de télévision sur le 1er janvier 2050 mais peuvent le faire sur les événements d’hier, et c’est ce qui explique ce « déplacement du débat » sur un enjeu qui n’est pas primordial.

 

Que répondez-vous à ceux qui taxent les écologistes de catastrophistes ?

Je ne suis pas sûr d’être concerné : qu’est-ce qu’un écologiste ? Si vous parlez des militants et non des scientifiques, l’exagération est parfois bien présente. A l’inverse, rares sont les personnes disant de manière médiatiquement bruyante que le CO2 n’est pas un problème qui sont compétentes sur le sujet. Les scientifiques compétents, comme Claude Allègre, qui le font, ont délibérément choisi de raconter des bêtises. Quelqu’un de son acabit ne confond pas une valeur isolée et une moyenne ! La vraie question est de savoir pourquoi il met autant d’entrain à raconter ce qu’il sait parfaitement être des inepties. Il faut le lui demander.

 

Quel sera l’impact le plus grave pour l’homme ?

Cela dépend. Non pas de la qualité des modèles que l’on utilise mais des hypothèses que l’on fait sur les émissions futures de gaz à effet de serre. Le climat et un système non linéaire, dont les conséquences ne sont pas forcément proportionnelles aux causes. Si vous tirez progressivement un élastique, il s’allonge... Jusqu’à ce qu’il vous claque entre les doigts. Là vous avez franchi un seuil ou une petite augmentation de la cause produit une conséquence radicalement différente. Le système climatique est bourré de processus de cette nature, comme le corps humain. Si votre température interne grimpe à 38°, vous êtes patraque mais ce n’est pas très grave. Si vous restez à 38° pour une durée très longue vous finissez cependant par avoir de gros ennuis. Si votre corps passe de 38° à 39°, les conséquences dépassent celles de la précédente augmentation. Et ainsi de suite, jusqu’à plus de 41°, température à laquelle vous mourrez. C’est la même chose pour le climat : chaque degré d’élévation supplémentaire amène avec lui un cortège de conséquences qui dépasse tout ce qu’ont produit les élévations précédentes. Augmenter la température mondiale d’un degré peut parfaitement être anodin. L’augmenter de quatre degrés peut provoquer une catastrophe majeure. Si nous sommes suffisamment sages pour baisser considérablement les émissions mondiales de CO2 à partir de 2010 ou 2020, ce ne sera probablement pas très méchant. Sinon, nous risquons une élévations de quatre à sept degrés en un siècle, peut être le double en deux siècles. De telles conditions permettront difficilement de conserver une humanité de quelques milliards d’individus, avec une espérance de vie à la naissance de 65 ans, et vivant dans un monde en paix.

 

Comment expliquez-vous la lenteur des politiques à réagir ?

Pour l’essentiel, les politiques ne savent sur ce sujet que ce que les médias leur ont raconté. Ils savent qu’il y a un problème mais ne sont pas capables d’en définir précisément les contours. Demandez à un passant si le problème du réchauffement climatique est plus ou moins urgent que la lutte contre le chômage. On vous répondra que c’est moins urgent, alors qu’à terme l’un dépend de l’autre !

La responsabilité reposerait donc d’abord sur les médias ?

Je n’aime pas le terme de responsabilité car cela suppose qu’il y a intention de nuire. Mais c’est le nœud du problème. Pour convaincre à la fois les élus et les électeurs il faut que les médias permettent de mieux cerner les contours du problème. C’est difficile, par exemple, quand le même journal vous vante page 10 le dynamisme du tourisme (qui suppose de transporter les touristes) ou l’emploi dans le secteur automobile et déplore page 20 le réchauffement climatique. Il faut aussi bien persuader qu’il n’y a plus de repas gratuit : ne pas agir ne garantit pas l’absence d’addition, mais juste que cette dernière arrivera un peu plus tard avec de monstrueux intérêts composés.

 

Le pacte écologique a-t-il réussi à inverser la barre ?

L’irruption de Nicolas Hulot dans le paysage a fait passer ces thématique du quart de page consacré à l’environnement aux quatre pages consacrées à la politique. Nous avons donc multiplié par dix l’espace d’expression. L’inconvénient, c’est que nous avons affaire à des journalistes qui sont encore moins familiers avec ce sujet que leurs collègues de la rubrique environnement. Au lieu de présenter le fond du problème et les propositions concrètes, ils parlent du personnage Hulot. Personnifier le problème n’est pas le but du jeu. Il y a peu de débats de fond sur les propositions dans une rubrique politique, et ce n’est pas propre à l’environnement.

 

Où en sont les engagements politiques vis-à-vis du pacte ?

Les politiques qui signent le pacte s’engagent à évaluer les mesures proposés sans être obligés de dire qu’ils sont d’accord. Si nous leur avions présenté un programme à signer, ils ne l’auraient pas fait. Si nous leur avions soumis un texte trop creux, tout le monde l’aurait signé pour se dédouaner ensuite. Nous avons choisi une demi-mesure : voilà ce que nous proposons, si vous signez c’est que vous êtes d’accord avec l’esprit et que vous l’acceptez sauf si vous avez mieux à proposer. Problème : ils signent en disant qu’ils ont mieux à proposer, mais si vous regardez leurs propositions, elles restent inférieures à celles du pacte. Ségolène Royal ne veut pas de la taxe carbone tout en proposant des subventions pour les chauffe-eau solaires : c’est remplacer une solution qui vaut cent par une solution qui vaut un ! Comme elle est une redoutable communicante, ça passe. Nicolas Sarkozy a signé le pacte mais ne parle pas d’environnement car il estime que ce n’est pas un sujet de campagne. François Bayrou est probablement celui qui a le mieux mûri sa réflexion sur ce sujet et qui prend le pacte presque en l’état. L’esprit de la réponse de Marie-George Buffet est aussi celui-là. Il est intéressant de noter que les communistes sont favorables à une fiscalité carbone croissante.

Recueilli par Ivan du Roy

 

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