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Entretien paru dans le quotidien Sud Ouest le 17 decembre 2007

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site de l'auteur : www.manicore.com - contacter l'auteur : jean-marc@manicore.com

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Jean-Marc Jancovici est l'inventeur du bilan carbone, et l'auteur avec Alain Grandjean d'un livre sur la dépendance énergétique, « Le plein s'il vous plaît » (Seuil), qui plaide pour une taxe carbone. Pour cet expert climatique indépendant, il y a urgence à se désintoxiquer de la voiture, faute de payer très cher la facture.

Propos receuillis par Priska Ducoeurjoly

« Si le développement urbain a pris cette tournure, c'est parce que l'énergie vaut de moins en moins cher ! Alors qu'autrefois seul le roi pouvait se permettre d'entretenir 50 chevaux pour ses déplacements, nous les avons maintenant sous le capot pour 15 % de notre revenu. En réalité, notre pouvoir d'achat a considérablement augmenté, parce que ce sont les machines qui travaillent pour nous. De plus, nos activités économiques puisent dans le substrat naturel, mais ce dernier ne figure dans aucune comptabilité d'entreprise. On considère que la nature, c'est gratuit : aucune trace de la photosynthèse dans les comptes de Danone ! Et l'atmosphère ne se fait pas payer pour accepter nos émissions de CO2. »

« L'un des effets boomerang sera le dérèglement climatique. C'est encore parce que l'énergie ne vaut rien que l'on peut aller s'installer sur le littoral, construire sa maison, et s'y rendre régulièrement. Malheureusement, l'ère du pétrole quasi gratuit va s'arrêter d'ici cinq à quinze ans. Ceux qui seront alors dépendants de l'énergie vont payer très cher ce mode de vie, non par volonté politique mais à cause de la physique. L'idée de la taxe carbone - qu'il faudrait appeler « assurance carbone » - est de permettre une désintoxication progressive, un changement des comportements avant qu'il ne soit trop tard. Un choc pétrolier massif - difficile à éviter tant que nous sommes fortement dépendants - entraînerait une déstabilisation socio-économique massive. Beaucoup devront alors quitter leur travail trop éloigné, ou bien déménager, et les finances publiques ne permettront pas de les aider. Il faut donc relocaliser l'économie, faire des villes denses mais petites et nombreuses, et l'espace (la campagne) signifiera une économie plus autarcique.

Le monde politique, de l'élu local à l'Élysée, reste très peu conscient de la rapidité de l'échéance. Ceux qui décident de la réalisation de l'autoroute Langon-Pau se font des illusions sur ce qui va se passer. Non seulement ce type de projet jette l'argent par les fenêtres, mais il nous entraîne vers de grandes déceptions ! La pauvreté de la réflexion prospective sur le sujet est dramatique. ».


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