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Entretien paru dans le Républicain Lorrain du 2 février 2007

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site de l'auteur : www.manicore.com - contacter l'auteur : jean-marc@manicore.com

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NB : j'ai corrigé quelques coquilles (je n'ai pas pu amender mes propos avant parution). En particulier le journal m'avait prénommé Jean-Claude (mais j'ai vu pire).

R.L. - Quelle est l'utilité de la réunion du GIEC sur le climat qui s'achève à Paris aujourd'hui ?

Jean-Marc Jancovici. - Rendez-vous d'étape tous les cinq ans sur l'état de la connaissance concernant l'influence de l'homme sur le climat, cette réunion interdisciplinaire d'experts mondiaux - océanographes, astrophysiciens, chimistes de l'atmosphère, géologues, vulcanologues, glaciologues… - est à la fois un processus continu mais aussi un signal en direction d'un monde politique et économique qui à tendance à réagir surtout en fonction de la pression d'une actualité forte. Jamais la question, en tout cas, n'avait été posée aussi clairement jusqu'ici de savoir si l'homme va devenir la cause dominante du changement climatique.

R.L. - L'épuisement des ressources naturelles et le rejet massif de gaz carbonique dans l'atmosphère sont-ils clairement désormais au cœur du débat ?

J.M.-J. - La consommation d'énergie de l'humanité en gaz, charbon, pétrole, a été multipliée par un facteur de 30 à 40 depuis le début du XXe siècle. Si l'idée d'un monde fini est très ancienne, celle que l'on puisse manquer globalement de ressources naturelles est relativement nouvelle. Pourtant, on n'a vraiment commencé à exploiter massivement le pétrole qu'à partir des années 1960. On observe de manière brutale un changement des ordres de grandeur, un changement de nature du problème.

R.L. - Ce qui ne signifie pas prise de conscience collective…

J.M.-J. - Le problème culturel de fond, c'est qu'en démocratie une bonne partie du sens se réincarne dans les possessions, les biens de consommation. Leur augmentation devient quête de sens. Il n'existe pas de système spontané pour inciter à la modération, que ce soit pour l'alcool, les cigarettes ou la consommation de carburant. Si l'on veut restreindre la quantité de ce qui fait problème, cela passe par une augmentation volontaire et progressive des prix.

R.L. - Dans le domaine énergétique, il va bien falloir trouver rapidement une régulation…

J.M.-J. - Oui, c'est urgent, car nous dilapidons notre capital actuellement. Notre système économique n'intègre pas plus la diminution des stocks de matières non renouvelables que les risques environnementaux majeurs qui se manifesteront dans le temps avec les émissions massives de CO2 dans l'atmosphère. Il est pourtant inexorablement inscrit dans les mathématiques que la consommation d'hydrocarbures, de charbon et autres minerais passe par un maximum puis décroît. La bonne question est de savoir quand, au plus tard, le maximum est atteint. Ne pas choisir de la provoquer revient simplement à accepter de la subir plus tard. Mieux vaut gérer le problème en amont…

R.L. - Actuellement, on observe pourtant une inertie considérable!

J.M.-J. - Malheureusement, ni les problèmes de ressources énergétiques ni le climat ne se règlent avec une semaine de préavis. De nos jours le bruit médiatique sur cette question a rendu les gens sensibles. Ils ont compris qu'il y a un problème, mais n'en mesurent pas plus les contours exacts que les hommes politiques . Lorsqu'on parle d'élévation de la température, il faut avoir en mémoire qu'un écart de cinq degrés nous sépare de l'ère glaciaire, il y a vingt mille ans. On a du mal à imaginer les conséquences catastrophiques d'une augmentation de cinq degrés en un siècle, parce que ce serait complètement inédit. De fait, une partie du mur n’est déjà plus évitable (mais une partie l’est encore). Il existe un tel décalage entre nos actes et leurs conséquences !

R.L. - Si l'on ne veut pas courir de risques majeurs, il est urgent d'agir radicalement dès maintenant?

J.M.- J. - Radicalement est le mot : il faut baisser de 3% par an notre consommation de pétrole, de gaz naturel, de fuel domestique, de carburant, de kérosène, de plastiques… Si l'on ne le fait pas spontanément, le rythme annuel, à terme, risque d'être bien plus violent. C'est comme la vieillesse : on ne peut y échapper. Le seul pari perdant serait de ne pas agir au prétexte que les autres ne font rien. Cela s'appelle la régulation par le chaos.

Propos recueillis par Francis Kochert.

 

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