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Un entretien au Progrès de Lyon, le 24 mars 2010

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site de l'auteur : www.manicore.com - contacter l'auteur : jean-marc@manicore.com

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Jean-Marc Jancovici. Ingénieur polytechnicien, spécialiste du changement climatique et de l'énergie, proche de Nicolas Hulot. Inventeur du « Bilan carbone personnel ». Co-fondateur de la société Carbone 4.

 

Le Progrès : Peut-on se passer d'une taxe carbone ?

Jean-Marc Jancovici : Non. C'est un enjeu environnemental, économique et historique. Nous devons faire face au réchauffement climatique mais également inventer une économie moins dépendante d'un pétrole qui se raréfie. Il me semble difficile d'escompter une quelconque modération des émissions de gaz à effets de serre sans une taxe.

Pourquoi est-ce déterminant pour notre économie ?

La taxe nous permet de nous confronter à notre dépendance vis-à-vis des hydrocarbures. Sa mise en application doit nous permettre d'anticiper la fin du « tout pétrole ». Nous avons atteint le « pic mondial de production de pétrole » qui marque la raréfaction de cette ressource. Or, dans le monde, l'énergie vient encore essentiellement du pétrole (35 %), du gaz (20 %), et du charbon (25 %).

Nous paierons quoi qu'il arrive une taxe carbone. Soit de façon intelligente et anticipée afin qu'elle soit redistribuée au sein de notre économie. Soit d'une manière beaucoup plus brutale directement aux pays producteurs de pétrole.

L'ambition politique affichée s'est-elle heurtée à la réalité de la crise ?

Oui ! Mais on est en crise à cause du pétrole dont les prix n'ont cessé d'augmenter entre 2000 et 2008. Aujourd'hui les cours sont à plus de 80 dollars le baril et la tendance n'est pas prête de s'inverser.

Le pouvoir d'achat est -il encore plus fort que l'urgence climatique ?

Bien que cela ne soit pas du tout politiquement correct à dire, penser que l'on pourra réduire les émissions de gaz à effets de serre des pays industrialisés sans toucher aux émissions des ménages, même « modestes », est hélas un leurre. Mais il existe de nombreuses solutions pour éviter une injustice sociale à l'occasion de l'instauration d'une taxe.

L'échec de Copenhague a t-il contribué à cette remise en cause de la taxe ?

C'est un peu comme si les hommes politiques avaient abdiqué face à l'ampleur du chantier. Je suis très en colère et très sévère vis-à-vis des médias. Après Copenhague, la recherche systématique de la polémique a profondément affaibli le débat scientifique. Cela a une incidence sur les décisions politiques d'aujourd'hui.

Vous défendez le GIEC

Il y a une propension à brûler aujourd'hui ce que l'on a encensé la veille qui est très décourageante. Le Groupe d'expert intergouvernemental sur les changements climatiques est légitime. Il est normal que sur un rapport de plusieurs milliers de pages, il y ait des erreurs.

Les dernières élections ont pourtant été marquées par une percée d'Europe-Ecologie

Oui mais tout cela n'est pas encore assez abouti et leurs solutions ressemblent trop à un empilement d'idées. Il n'y a pas aujourd'hui d'alternative écologique crédible susceptible de gérer une économie en récession de 3 % tous les deux ans.


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