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Documentation > Publications > Changer le monde : entretiens > Entretien paru dans Pèlerin en juillet 2011

Entretien paru dans la revue "Pèlerin" au printemps 2011

site de l'auteur : www.manicore.com - contacter l'auteur : jean-marc@manicore.com

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Propos recueillis par Benoit Fidelin.

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Pèlerin - L’épuisement des énergies et le réchauffement climatique nous obligent-ils à changer notre façon de vivre ?

Jean-Marc Jancovici - Et comment, puisque l’énergie est le facteur de la transformation du monde ! De plus en plus abondante et bon marché, elle a bouleversé en huit générations la vie des terriens, qui ont multiplié leur consommation d’énergie par dix. Par ailleurs, en seulement deux siècles, leur pression sur les ressources de toute nature a augmenté d’un facteur cent, tandis qu’un élément majeur est à l’origine de l’avalanche de biens et de services nouveaux qui ont envahit l’Occident : les combustibles fossiles (pétrole, gaz, charbon). Or, en Europe, les deux premiers diminuent déjà, et tous les trois participent au réchauffement qui menace la planète.

Pèlerin - Quelles conclusions en tirez-vous ?

J.-M. J. - Ne plaçons surtout pas nos espoirs dans un retour de la croissance. Plus vite elle reviendra dans une économie mondiale dépendante des énergies fossiles, plus vite arrivera le prochain choc pétrolier qui la tuera de nouveau. Il n’y a qu’un seul pari gagnant à notre disposition : se libérer de la « tenaille fossile » et organiser au plus vite notre avenir autour de la « décarbonisation » de nos activités.

Pèlerin - Concrètement, ça va changer quoi à notre existence ?

J.-M. J. - Nous vivons actuellement dans une vaste étendue spatiale. Nos voyages et nos habitats, nos biens de consommations et leurs lieux de production, tout cela s’étend sur des milliers de kilomètres. Tout cela va devenir moins facile au fil des prochaines décennies. Les lointaines banlieues deviendront sans utilité économique évidente, et c’est plutôt dans des villes moyennes densément peuplées et les campagnes qu’il y aura de l’emploi. En matière d’agriculture, c’est la polyculture-élevage proche des consommateurs qui fera le plus sens. Et la production de viande bovine sera globalement moins facile, puisqu’un kilo de pétrole et de gaz sont nécessaires pour disposer d’un kilo de bœuf.

Pèlerin - Quelles seront nos sources d’énergie ?

J.-M. J. - La consommation de pétrole diminuera, puisque la production mondiale fera de même, et pour continuer de rouler en voiture il faudra disposer de véhicules beaucoup moins consommateurs. Pour remplacer les énergies fossiles, les candidats sont les énergies renouvelables, sans se focaliser sur l’éolien et le solaire, et le nucléaire, qui, malgré Fukushima, permet d’éviter plus de risques qu’il n’en crée. Mais l’essentiel viendra des économies.

Pèlerin - Mais comment persuader nos contemporains de se mettre au régime ?

J.-M. J. - En les motivants sur les projets et les emplois qui vont de pair avec cette vision de l’avenir : il y a un monde à découvrir dans la reconfiguration des villes et des bâtiments, dans la transformation de l’agriculture et des campagnes revivifiées, dans les filières industrielles à mettre en place, etc. La démocratie et la paix, gravement menacées par les crises énergétiques, y trouveront leur compte. Voilà qui donne du sens aux efforts !

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