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Entretien paru dans Metro en Octobre 2007

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site de l'auteur : www.manicore.com - contacter l'auteur : jean-marc@manicore.com

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NB. J'aurais voulu le faire exprès que je n'y serais pas arrivé : cet interview proposant de taxer un peu plus l'essence est paru... le jour même de la plus grande grève de la SNCF !

Vous avez participé au groupe 1 du Grenelle. Comment jugez-vous cette expérience ?

Le côté positif est que cela a mis tout le monde en ébullition. Quoi qu’il en sorte, il y a des gens qui ne se parlent jamais ou pas souvent qui ont eu avec la Grenelle l’occasion d’échanger et de confronter leurs idées. Pour le reste, on jugera l’arbre à ses fruits.

Y a-t-il des mesures que vous estimez particulièrement importantes pour parler d’un succès du Grenelle ?

Il y a pour moi un gage de succès ou d’échec : ou bien il sortira du Grenelle l’idée qu’on doit donner un prix croissant au problème et on pourra parler de succès, ou bien on en sortira avec juste des mesures techniques, même ambitieuses, et cela ne suffira pas. Il faut monter le prix des énergies (fioul, gaz, carburants…).

Vous parlez des mesures de fiscalité environnementale ?

C’est ce qui s’appelle la contribution énergie climat, qui englobe la taxe carbone. L’idée est la suivante : quand on a un problème, il faut monter le prix du problème plus vite que le pouvoir d’achat. Le vrai débat c’est la gestion de “l’après” : à quelle vitesse les industriels proposent des voitures qui consomment moins (qui seront plus petites et moins rapides, c’est certain), à quelle vitesse nous pouvons ravaler thermiquement les logements, comment aider certains qui auront du mal, etc.

Augmenter le prix de l’énergie, signifie changer notre mode de vie…

Tout va changer. Ce qu’on a aujourd’hui et que l’on considère comme étant non-négociable et acquis pour l’éternité est le fruit d’une augmentation considérable de la productivité des machines que nous avons mises à notre service et d’une énergie quasi-gratuite. Le plus probable est que cela ne va pas durer. Alors, il faut essayer d’amortir le choc le plus doucement possible.

Cela dépend de qui ?

Cela dépend essentiellement de nous. La marge de manœuvre en démocratie d’un gouvernement élu n’est pas plus importante que l’opinion de ses électeurs. Si vous faites un sondage dans Metro en demandant si vous êtes pour ou contre le fait d’augmenter volontairement le prix du fioul du gaz, de l’essence, du gazole etc. et qu’il y a 60% des gens qui disent qu’il n’en est pas question, c’est fini, le gouvernement ne sera pas plus courageux que nous. Mais le prix à payer pour “encore une minute monsieur le bourreau” risque d’être très élevé. L’inversion de la tendance est urgente.

La clé de cette inversion est donc d’agir sur le prix ?

Nous avons un mauvais système économique aujourd’hui  : il ignore le vrai prix des hydrocarbures, qui ne se renouvellent pas, et perturbent le climat avec une facture - élevée - à payer plus tard. Un bon système économique doit tenir compte de l’environnement. Quand on parle de ressources, le début de la zone d’ombre, c’est-à-dire le moment au-delà duquel il devient très difficile de savoir si la stabilité va rester ou pas, c’est 2015/2020, ce qui est très proche.

 

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