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Un bref entretien au journal La Croix, le 4 décembre 2009

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site de l'auteur : www.manicore.com - contacter l'auteur : jean-marc@manicore.com

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La Croix : Quelle est la priorité de la lutte contre le changement climatique ?

Jean-Marc Jancovici : Depuis que notre humanité s’est mise en place, nous avons développé une activité sans cesse croissante de transformation des ressources que nous offre l’environnement, dites « ressources naturelles ». Tout autour de nous n’est que ressources naturelles transformées, essentiellement par des moteurs ou de la chimie, c’est-à-dire avec des émissions de gaz à effet de serre.

Pour s’attaquer au problème du changement climatique, il va falloir donner un prix aux émissions, en les taxant ou en les limitant par des quotas. Le plus urgent est de se faire à l’idée que l’accès à l’énergie fossile doit être contraint. Si nous l’acceptons, alors un défi considérable s’ouvre à nous. Il va nous demander une formidable créativité technique, organisationnelle, et même spirituelle.

Que faut-il penser des doutes émis sur l’ampleur et les causes du changement climatique ?

Ces doutes me fatiguent. Ce qui est irréfutable, c’est que le constat sur le changement climatique fait 800 pages. Si le constat était totalement réductible à une affirmation simple, il y a longtemps que les scientifiques concernés se seraient simplifié la vie en évitant de produire un tel rapport. Le tropisme des médias pour les débats sur l’air du « est-on vraiment sûr… » est la vraie cause de ce ballet. Pas le dossier de fond !

À quoi attribuez-vous ce doute face aux preuves des scientifiques ?

Pour certains, il s’agit de vendre du papier ou de l’audience à une opinion qui n’a pas envie de croire au pire. Il ne s’agit pas de rapporter objectivement la parole des experts. Ces médias ne me semblent pas avoir le temps ou l’envie de comprendre ce qu’est un isotope, un rayonnement infrarouge, une capacité calorifique et un albédo. Ils se complaisent à entretenir un doute au lieu de s’efforcer de rapporter du mieux possible le fonctionnement physique du monde. Face à la complexité d’un problème, vous n’avez pas de meilleur pari que de faire confiance à ceux qui savent. Cela vaut pour le climat comme pour les greffes du foie ou le fonctionnement d’un avion.

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