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Entretien paru dans "Business Digest"

avril 2003

site de l'auteur : www.manicore.com - contacter l'auteur : jean-marc@manicore.com

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Propos recueillis par Marie Bellan.

NB1 : j'ai rajouté quelques liens (qui bien évidemment n'existent pas dans la version papier !) pour renvoyer vers des pages de mon site ou je développe les arguments qui me conduisent aux propos mentionnées dans cet entretien.

NB2 : il s'agit du texte que j'ai envoyé à la revue. Le texte effectivement publié peut différer un peu.

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1. Jugez-vous les accords de Kyoto insuffisants pour arrêter le réchauffement climatique ? N'est-ce pas un premier pas qui dénote une prise de conscience certes lente mais néanmoins présente du problème ?

Pour stabiliser la concentration atmosphérique en CO2 - et tant que nous n'y parvenons pas le problème climatique empire - il faut ramener les émissions mondiales de ce gaz à la moitié tout au plus de ce qu'elles sont actuellement. Kyoto ne proposant "que" de diminuer les émissions des pays industrialisés d'un peu plus de 5%, on peut considérer que c'est insuffisant pour arrêter l'évolution en cours, ce qui est parfaitement vrai.

Mais il est tout aussi vrai qu'avant de diminuer il faut commencer par arrêter d'augmenter ! Inverser la tendance, en passant d'une augmentation annuelle, à une diminution annuelle, est donc un premier pas incontournable, et en ce sens Kyoto constituera(it) une étape décisive sur un chemin qui ne s'arrêtera pas à ce protocole.

 

2. Les permis de polluer sont-ils une solution à long terme ?

Je n'aime pas cette expression journalistique, qui laisserait penser que certains ont le droit de polluer et pas d'autres, ce qui est parfaitement faux puisque nous sommes tous des pollueurs quotidiens (y compris les journalistes auteurs de la formule). Je préfère le terme exact de permis négociables, qui fonctionnent comme suit : lorsque la collectivité assigne un objectif global de réduction à un secteur donné, ceux qui font mieux que l'objectif vendent leur "bonus" à ceux qui font moins bien, par le biais d'un marché financier.

Un tel système permet de réduire là où cela coûte le moins cher, mais ni il se substitue à l'obligation de réduction décidée par la collectivité, ni il ne peut, par nature, permettre à tout le monde de s'exonérer de ses obligations : s'il n'y a que des acheteurs d'économies, cela ne fonctionne pas !

 

3. Le remplacement du charbon par le gaz comme source d'énergie est une solution préconisée par les auteurs de l'article de Mc Kinsey. Est-ce une bonne solution ?

Le gaz émet 2 fois moins de gaz carbonique par unité d'énergie que le charbon, et convertir tout le charbon en gaz pour les centrales électriques concernées en Europe peut faire gagner environ 8% des émissions européennes. A court terme, il y a donc là une marge de manoeuvre évidente. Mais à long terme cela sera très insuffisant pour diviser les émissions par 4 à 6 en Europe, ce qui découle d'une division par 2 nécessaire à l'échelle planétaire.

Un tel remplacement est en outre transitoire (il y a 3 fois plus de charbon que de gaz dans le sous-sol planétaire) et, en Europe, ne permet pas de s'affranchir de la dépendance de l'étranger (l'essentiel des réserves de gaz est au Moyen Orient et en Russie). Les trois marges de manoeuvre majeures sur le long terme pour résoudre le problème du changement climatique sont d'abord les économies d'énergie, puis certaines renouvelables (mais très peu l'éolien) et le nucléaire.

 

4. L'efficacité énergétique est selon vous un piège puisqu'elle tend à augmenter la consommation globale en rendant plus accessible certains biens ou certains services. Faut-il pour autant priver une partie de la population de certains biens et services en les réservant à ceux qui peuvent se les offrir ?

Je note seulement que l'amélioration de l'efficacité énergétique est toujours allée de pair avec une hausse globale de la consommation, ce qui pose la question de son effet réel. Votre deuxième question laisse croire qu'il ne dépend que de nous que tout le monde ait droit à tout. Mais la physique n'est pas d'accord....

 

5. La décroissance serait la solution la plus radicale et la plus efficace pour stopper le réchauffement climatique et les risques y afférents, mais comment faire accepter de renoncer au développement une population qui vit dans la culte de dépassement, de la recherche de la croissance la plus forte, du meilleur rendement ?

Le monde étant fini, les mathématiques nous enseignent que toute consommation de ressources non renouvelables ne peut que tendre vers 0 sur le long terme, et donc que la décroissance matérielle surviendra pour toute ressource non renouvelable, que cela nous plaise ou pas. La seule incertitude porte sur quand et comment. Et la question de fond me paraît être celle-ci : acceptons nous dès maintenant une diminution volontaire de la consommation d'énergie fossile, ce qui signifie très probablement une diminution de la consommation matérielle, et dans ce cas comment procède-t-on, ou attendons nous que la finitude du monde s'en charge à notre place, avec le risque que cela se passe encore moins bien ?

 

6. Quelles sont les solutions de court ou de moyen terme qui peuvent être mises en place dans les entreprises ?

Il existe maintenant un outil, le bilan carbone de l'ADEME, qui permet de mettre le problème à plat et souvent de faire émerger de nombreuses suggestions intéressantes.

 

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