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Entretien paru dans TGV Magazine en décembre 2007

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site de l'auteur : www.manicore.com - contacter l'auteur : jean-marc@manicore.com

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NB : il s'agit de la version envoyée au magazine, non celle qui a été publiée. Comme cela est hélas d'usage courant, le texte que j'ai validé a été raccourci sans que l'on me demande mon avis. C'est une des sales manies de la presse avec laquelle il faut hélas composer....

 

Quel crédit peut on accorder aux multiples ouvrages publiés ces dernières années (dont Ma vérité sur la planète de Claude Allègre ou L’écologiste sceptique de Bjorn Lomborg) qui nient le réchauffement climatique ou remettent en cause la responsabilité de l’homme sur cette question ?

Ces personnes s’invitent dans un débat pour lequel ils n’ont aucune compétence scientifique. Les auteurs auxquels vous pouvez légitimement faire confiance sont ceux qui ont publié dans des revues scientifiques à comité de lecture le fondement de ce qu’ils avancent. Ni Claude Allègre, ni Bjorn Lomborg ne correspondent à cette définition. Ce que soutient Bjorn Lomborg dans L’écologiste sceptique sur le chapitre climat est invalide sur le fond mais peut faire illusion sur la forme. Cela ressemble beaucoup plus à un raisonnement scientifique que le travail de Claude Allègre qui est lui parfaitement grotesque. « Ma Vérité sur la planète » n’a rien de scientifique, et on peut même utiliser le terme d’escroquerie. Si Allègre avait une démarche scientifique, il traduirait correctement les gens qu’il cite, il ne se contredirait pas d’un chapitre à l’autre, et surtout il baserait ses arguments sur des travaux publiés dans la littérature scientifique.

Or Claude Allègre n’a jamais publié le moindre article faisant suite au moindre travail technique sur le sujet du réchauffement climatique qu’il conteste. C’est pareil pour l’énergie : Allègre « prédit » l’approvisionnement pétrolier futur avec un optimisme que pas un ingénieur pétrolier de ma connaissance ne partage. Il a une démarche qui est a-scientifique, non scientifique, mais son lecteur ne s’en rendra pas compte, parce que très peu de gens lisent la littérature scientifique ! On peut avoir envie de croire Claude Allègre, comme un malade auquel le médecin annonce qu’il a le cancer a envie de croire que le médecin s’est trompé de dossier, que le scanner a eu une panne, etc, mais cela repose sur une envie et non sur des faits.

 

Les mesures adoptées par le Grenelle de l’environnement pour lutter contre le réchauffement climatique vont elles assez loin ? Peut on lutter efficacement contre le réchauffement climatique sans remettre en cause le dogme de la croissance et le culte du toujours plus ? 

La question est de savoir si l’on peut maintenir une croissance économique tout en diminuant la pression matérielle sur notre environnement. Il s’agit d’un débat sur les vitesses d’évolution respectives. Peut-on « décarboner » l’économie plus rapidement que la progression du taux de croissance de celle-ci ? Il n’est pas du tout dit que la réponse soit positive. Et c’est un vrai débat, parce que les émissions vont finir par baisser de toute façon : les hydrocarbures sont en quantité limitée. Et quel serait « le plan B » si l’économie se mettait à décroître de façon significative sur une longue durée pour des raisons physiques ? Comment préserverait t-on dans un tel contexte la démocratie, la paix sociale et un taux de chômage acceptable ? Le sujet est majeur, et la pauvreté de la réflexion prospective sur ce sujet est dramatique.

 

Une des premières mesures pour lutter contre le réchauffement climatique ne devrait-elle pas être la relocalisation des économies ?

Si vous augmentez le prix de l’énergie, c’est ce qui se passera. La mondialisation n’existe que dans un monde dans lequel le prix de l’énergie est suffisamment bas pour que n’importe quel segment de transport compense les différences de salaires. Si le prix de l’énergie augmente suffisamment, franchir une certaine distance ne suffira plus à compenser les différentiels de salaire. Et ce sera la fin de la mondialisation tous azimuts. Le commerce international ne se maintiendra que pour des denrées qui ont une forte valeur ajoutée par unité de poids, par exemple les microprocesseurs, les diamants, ou le bon Bordeaux tant qu’il en reste !

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