La lune

Manicore



Entretien paru dans Sud Ouest du 29 novembre 2012

site de l'auteur : www.manicore.com - contacter l'auteur : jean-marc@manicore.com

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Propos recueillis par Jean-Denis Renard.

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Quand Delphine Batho dit qu’il faut d’abord parler de l’énergie que l’on consomme, est-est-elle dans le vrai ?

Jean-Marc Jancovici - L’important est surtout de définir un cadre global d’action et de s’y tenir. Pour moi il faut toujours chercher à gagner sur les émissions de CO2, la balance commerciale (sur laquelle pèse l’importation des énergies fossiles), l’emploi et l’équilibre des comptes publics.

Quelle application pour les transports et le logement ?

Dans les transports, l’objectif prioritaire est de baisser la consommation de pétrole. Changer notre urbanisme doit commencer demain mais prendra 50 à 100 ans. Electrifier 30 millions de véhicules demande des investissements massifs. Faire des voitures à pétrole plus petites ira bien plus vite. La voiture à 2 litres, c’est possible demain matin. Il suffit de refaire la 2CV ! Concernant le chauffage, il faut consommer moins par des travaux d’isolation, mais aussi de sortir du gaz et du fioul au profit de la pompe à chaleur et du bois-énergie. S’il faut plus d’électricité nucléaire pour cela, je ne suis gêné en rien. Il ne faut pas être dogmatique. Selon le secteur visé, faisons plutôt la part belle aux économies d’énergie ou aux énergies non fossiles.

Comment faire pour diminuer la consommation de carburant ?

Il faut d’abord agir sur les constructeurs, en abaissant très rapidement la limite de consommation moyenne des véhicules neufs (déjà réglementée en Europe), mais aussi mettre une prime à la casse quand une voiture à 2 litres aux 100 km en remplace une à 6 litres. Pour le conducteur, ensuite, il faut augmenter progressivement le prix des carburants, et instaurer une taxe annuelle très rapidement croissante en fonction de la puissance, ce qui pénalise la voiture objet de statut mais pas la voiture pour aller au boulot. Rappelons que la production mondiale de pétrole est proche de son déclin, et que baisser la consommation de pétrole dans ce pays est déjà imposé de toute façon. On y parviendra bien plus vite de cette manière qu’avec le véhicule électrique.

Commentexpliquer les atermoiementsde lapolitique énergétique ?

Aujourd’hui, 80% des bâtiments neufs sont chauffés au gaz, ce qui augmente les émissions de CO2 et la dépendance énergétique du pays, que l’on voudrait par ailleurs diminuer ! Dans toute action, il faut se poser la seule question qui vaille pour agir vite : combien coûte l’économie d’un kWh d’énergie fossile ? On n’a pas de langage commun parce que les ONG, dans ce pays, sont avant tout antinucléaires. Et qu’elles ne parviennent pas à arbitrer entre les deux objectifs qu’elles avancent : réduire les émissions de CO2 et réduire le nucléaire. Ce qui déteint sur le discours politique.

Comment fait-on pour passer de 75% à 50% de nucléaire dans le «mix» électrique ?

Je ne sais pas. Personne ne m’a expliqué par quoi on remplaçait le nucléaire. Par du charbon et du gaz, comme les Allemands ? Par des éoliennes ? Mais comment procède-t-on alors pour que le réseau supporte 30% d’électricité intermittente ? Tout ce dont je suis convaincu, c’est que François Hollande ne le sait pas plus, ce qui est inquiétant.

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