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Entretien paru dans Le Progrès en septembre 2011

site de l'auteur : www.manicore.com - contacter l'auteur : jean-marc@manicore.com

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Propos recueillis par Fabrice Roussel.

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Le Progrès - Selon vous la crise n’est pas seulement bancaire mais aussi énergétique. Pourquoi ?

Jean-Marc Jancovici - Depuis 1985, la production mondiale de pétrole et le PIB par personne évoluent exactement de la même manière. On s’est habitué à vivre avec une énergie peu chère. Mais le pétrole est désormais à son maximum de production, à 30 milliards de barils par an. Les découvertes récentes au Brésil ou en Antarctique ne compenseront pas le déclin des gisements en exploitation. Il va falloir apprendre à vivre avec une énergie plus contrainte.

 

Ce n’est pas à proprement parler une taxe carbone : la mesure concerne les grands groupes assujettis aux quotas. Mais de toute façon on finira par payer cette taxe, la seule question est de savoir à qui. Soit on la paye à l’Etat français, pour délibérément limiter notre consommation. Soit nous attendons que des chocs pétroliers nous imposent des hausses brutales et alors l’argent va aux pays producteurs. Je préfère la première solution !

Le Progrès - Il faut changer de modèle économique. Est-ce qu’on parle de décroissance ?

Ce terme est dur, même s’il va falloir sacrément se relever les manches. Est-ce que des voitures qui roulent à 100 km/h seulement signent la fin du monde ? Je n’en suis pas sûr. Et ce défi peut aussi être une formidable source de créativité. Quand Carbone 4 travaille avec une entreprise, c’est pour trouver comment se frotter à cette nouvelle donne.

Le Progrès - Vous êtes encore optimiste après l’échec de Copenhague ?

Mais Copenhague n’a pas été un échec. Cent chefs d’état qui s’accordent sur une limitation à 2 °C du réchauffement climatique, c’est au contraire l’objectif politique qui manquait jusqu’à maintenant. Les ONG ont fait une erreur de jugement. Elles ont espéré que ce rendez-vous diplomatique international serait un aboutissement. Mais c’était ignorer que les chefs d’état ne discutent pas technique. L’action débute maintenant.

Le Progrès - Mais ces questions semblent s’être éloignées de la sphère publique. On est très loin du pacte écologique signé par les candidats à la Présidentielle en 2007 ?

La crise y a beaucoup contribué, alors même qu’elle résulte de la dépendance aux énergies fossiles ! J’ai très peur que le débat sur une sortie du nucléaire phagocyte tout l’espace au cours de la prochaine présidentielle.

Le Progrès - Vous continuez à défendre le nucléaire après Fukushima ?

Pour toute énergie, la question est toujours la même : est-ce que son usage permet d’éviter plus de risques que ça n’en crée ? Pétrole et gaz représentent 50% de notre énergie primaire ; le nucléaire c’est 35%. Certes 100% de notre uranium est importé, mais aussi 100% de notre charbon, 99% de notre pétrole et 97% de notre gaz. La quête de ces ressources produira de plus en plus de tensions internationales. Les Allemands ne vont pas remplacer leur nucléaire par de l’éolien et des économies, mais surtout par du gaz et du charbon, avec plus d’importations et plus de CO2. Je préfère garder le nucléaire.

Le Progrès - Vous êtes sévère avec l’éolien et le solaire ?

Nous avons commencé par nous occuper des énergies renouvelables les moins pertinentes en France. Leur contribution sera longtemps insignifiante, alors que le temps presse. Elles produisent de l’électricité intermittente, compliquée à gérer. Il n’y pas d’enjeu industriel, car tout est importé. Enfin notre électricité est déjà pauvre en CO2. Il y avait d’autres priorités !

Le Progrès - Des nouvelles de Nicolas Hulot ?

Nicolas avait formé une équipe d’experts au sein de sa fondation qui n’avait pas vocation - sauf exception - à le suivre dans un parcours politique. En politique il est très difficile de forger des consensus, or c’était la force de l’équipe qu’il avait constituée. En politique il faut un côté tueur, et il ne l’est pas.

 

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