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Entretien paru dans le quotidien 20 Minutes le 21 avril 2006

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site de l'auteur : www.manicore.com - contacter l'auteur : jean-marc@manicore.com

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"Aujourd'hui, nous ne payons pas le pétrole à son vrai prix"

Que vous inspire l'envolée des prix du brut ?

Tant que nous conservons notre dépendance au pétrole, cela risque de n'être qu'un apéritif... Et pour la réduire, l'histoire montre qu'il n'y a qu'une seule chose qui marche : monter la fiscalité.

Des « tonnes équivalents esclaves » consommées par la « bande de drogués » au pétrole que nous sommes... votre livre regorge de formules chocs. Vous provoquez pour mieux alerter ?

Quand le sujet est grave, la morale ne sert à rien ! Nous consommons de plus en plus d'énergies fossiles, ce qui ne peut pas durer. D'ici à 2020, la production pétrolière va décroître, et nos sociétés n'y sont pas préparées. A deux mandatures de l'échéance, cette question est un non-sujet politique. C'est aberrant.

La catastrophe nous guette ?

Il faut s'entendre sur ce que nous appelons catastrophe ! Nos ancêtres ont vécu des millénaires avec une eau « non potable ». Etait-ce une catastrophe ? Ce qui est sûr, c'est que notre soif de pétrole, de gaz et de charbon pourrait engendrer un changement climatique majeur. Entre l'ère des mammouths et notre époque, la planète n'a gagné que 5 ºC, pourtant c'était la Sibérie à la place de la France. Alors quelques degrés en plus, ce ne serait pas une promenade de santé.

Pour vous, le drame de Katrina serait dérisoire au regard de ce qui pourrait arriver ?

Katrina, c'est « juste » 1 000 morts, parce que les Etats-Unis avaient les moyens énergétiques d'acheminer de l'eau potable, des secours, de la nourriture... Sinon, c'était peut-être 100 000 morts à déplorer. Dans quelques décennies, les troubles climatiques auront augmenté, sans énergie abondante pour y faire face.

Economiquement, vous envisagez un scénario comparable à la crise de 1929...

En 1929, le PIB mondial s'est contracté de 20 %, et, en dix ans, les démocraties occidentales ont basculé. Cela devrait nous alerter. Notre dépendance aux énergies fossiles est telle qu'une tension très forte sur les prix se traduira par une récession mondiale majeure, et une envolée du chômage...

Que penser des énergies renouvelables ?

C'est une illusion de croire qu'elles pourront se substituer au pétrole à volume constant. Le problème, c'est la quantité d'énergie fossile que nous consommons, qui augmente de 2 % par an. Le fait de rajouter une petite couche d'énergie renouvelable ne change rien.

Un remède ?

Le monde a besoin d'un régime minceur - il faut arrêter de vouloir toujours plus de kWh - et d'une reconstruction - tout est à refaire en prévision de « moins d'énergie ». Pour financer cela, nous proposons une taxation croissante de l'énergie fossile. Une taxe croissante, dont le produit reste dans le pays, cela n'a rien à voir avec une hausse du baril, qui subventionne les pays producteurs et appauvrit l'économie, créant du chômage. Si les consommateurs anticipent des prix croissants, ils feront des arbitrages profitant à d'autres secteurs. Et nous laisserons à nos enfants une situation gérable, au lieu du chaos peut-être. Aujourd'hui nous ne payons pas le pétrole à son vrai prix : ni le changement climatique à venir ni la baisse des stocks d'énergie fossile ne sont inclus. Le kWh d'essence vaut 1.000 fois moins cher que le kWh humain, et c'est pour cela qu'on s'en goberge.

Propos recueillis par Anne Kerloc'h

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