La lune

Manicore

Documentation > Publications > L'Effet de serre > L'Effet de serre : introduction

L'Effet de serre (Flammarion, collection Champs) : introduction de l'ouvrage

 

site de l'auteur : www.manicore.com - contacter l'auteur : jean-marc@manicore.com

***

 

Depuis quelques années, la perspective d'un dérèglement climatique cristallise de plus en de craintes. La canicule qui a affecté l'Europe pendant l'été 2003, avec son cortège d'effets, dramatiques ou mineurs, a probablement constitué un nouveau seuil dans la prise de conscience collective, et ce jusque dans la communauté scientifique. Pourtant, les travaux publiés depuis plusieurs années sont clairs : selon la très grande majorité des chercheurs, la croissance des gaz à effet de serre dans l´atmosphère rend inéluctable un réchauffement global de la planète. Réchauffement qui est appelé à se manifester notamment par des crises climatiques, d'abord sporadiques, puis de ples en plus fréquentes.

Si certains effets à venir demeurent par nature imprévisibles, ou tout au moins très difficilement prévisibles, d'autres sont déjà bien évalués. Ainsi, diverses publications scientifiques ont mis en évidence le risque de surmortalité due à des épisodes caniculaires en Europe, la surmortalité étant l'une des conséquences les plus directes d'une brusque augmentation des températures. Comment se fait-il alors que la surprise ait semblé si grande dans notre pays ? Ces vagues de chaleur successives relevaient bel et bien du possible, quelles que soient leurs causes - la notion même de cause est ambiguë s´agissant d´un évènement météorologique ponctuel. Pourquoi la parole des scientifiques et des experts n'a-t-elle pas mieux porté jusqu'à présent ? La complexité des évolutions en cours, la multiplicité des enjeux et dess intérêts troublent sand doute l'appréhension du problème et sa communication.

Depuis le Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992, un effort international s'est engagé en faveur de la préservation de notre environnement, avec notamment la mise en place de la Convention Climat (de 1992 à 1994), et la définition d´objectifs chiffrés de réduction des émissions de gaz à effet de serre par le protocole de Kyoto (1997). Les débats sur sa ratification, loin d'être achevés, ne représentent au contraire que les premières étapes de négociations sont les difficultés sont à la mesure de l'importance et de la nécessité. Tout montre en effet que si des changements sont désormais inéluctables, il est encore possible d'en atténuer - ou, hélas, d'en augmenter - la vitesse et l'intensité, à travers les choix de développement que nous faisons dès maintenant.

Mais, dès qu´on discute des mesures concrètes à prendre, les certitudes scientifiques, qui permettent de donner l´alerte et de définir un cadre global d'intervention, ne suffisent plus pour répondre à des questions plus précises. A quel niveau doit-on limiter nos émissions ? Jusqu'où un changement climatique est-il "acceptable" ? Quel peut être son coût, humain et financier ? Comment peut-on comparer les impacts respectifs des activités qui contribuent à la "pollution climatique" (l'élevage ou les transports, par exemple) ? Comment apprécier et comparer les différentes formes d'action, individuelle ou collective, qui s'offrent à nous ?

Si la science et les scientifiques ont une part importante à tenir dans le débat, les décisions à prendre concernent l'ensemble de la société. L'augmentation de l'effet de serre remet en cause des schémas de croissance, de consommation, et peut accentuer les déséquilibres entre pays du Nord et pays du Sud : c'est donc un enjeu qui dépasse la science, où l'expertise scientifique ne peut se substituer aux choix politiques et citoyens. L'évolution potentielle du climat pose la question du comportement que nous devons adopter face au risque, celle des décisions à prendre, qui sont souvent de nature éthique, sentimentale autant que politique (quel "prix" accordons nous à la préservation d'un paysage et à la joie de vivre qu'il peut procurer ? aux éventuels risques sanitaires ? au fait d'avoir une voiture par adulte ?) et vont donc bien au-delà d'un arbitrage purement technique.

Depuis longtemps, l'environnement de notre planète est l'objet d'inquiétudes, mais jamais sans doute il n'a suscité une réflexion de cette ampleur. Le rôle de la science est à la fois d'alerter, ce qui oblige à une prise de position forte, et d´éclairer le débat, sans jamais toutefois le confisquer. Pour associer chaque citoyen à la discussion, les scientifiques doivent au contraire rendre compte le plus clairement possible des progrès réguliers des connaissances, mais aussi de l'incapacité dans laquelle ils se trouvent à tout prévoir dans le détail. Dans ce contexte, il n'est pas toujours facile de tracer la limite, pourtaant nécessaire, entre le diagnostic scientifique, le plus objectif possible, et le désir militant de convaincre à tout prix.

Pour permettre à l'ensemble de la société de s'emparer du problème, tout en évitant malentendus et faux débats, le meilleur remède est celui du partage le plus large de l'information disponible. Ce livre, à sa mesure, n´a pas d´autre ambition que d'y contribuer : les auteurs ont essayé de rendre accessibles au plus grand nombre les principales composantes du dossier scientifique et technique, afin que chacun puisse se forger, de manière éclairée, son avis sur la conduite à tenir pour le présent et l'avenir.

***

Voir le sommaire du livre
Retour vers le haut de la page