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Changer le Monde (Calmann-Levy) : introduction de l'ouvrage

 mai 2011

site de l'auteur : www.manicore.com - contacter l'auteur : jean-marc@manicore.com

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À l’été 2005, alors que tant de Français rêvaient d’aller batifoler dans les vagues ou les montagnes, mon complice Alain Grandjean et moi-même avons choisi de passer une partie de notre temps estival à une occupation un poil moins reposante : écrire un premier livre sur la dépendance du monde moderne au triptyque pétrole-charbon-gaz. Nous y expliquions que, pour des raisons physiques, les Français n’échapperont pas à une hausse du prix de l’énergie fossile et que, si nous refusons de nous imposer volontairement cette hausse par la fiscalité, ce seront des tensions sur l’approvisionnement, entre autres, qui se chargeront de régler le problème.

Ces tensions, dans notre délire estival d’il y a six ans, pouvaient se manifester sous forme de récession, de troubles bancaires, de hausse du chômage, de problèmes de financement de l’État et des régimes sociaux, et autres péripéties qui ne font généralement pas partie des objectifs pour l’avenir. Évidemment, nous racontions n’importe quoi : il n’y a pas eu l’ombre d’une crise depuis cette époque, ni économique ni bancaire, n’est-ce pas ? En fait, la survenue des petits pépins que nous avons connus depuis lors est tout sauf surprenante. Dès 2005 ou 2006, alors que nous étions en pleine euphorie économique, il était possible de parier que le chômage allait frapper à nouveau, et le PIB connaître quelques petits soubresauts pas spécialement envisagés par les économistes dits sérieux.

Par amour du pessimisme ? Non : tout simplement à cause du mariage de sang que notre économie moderne a contracté depuis plus d’un siècle avec le sous-sol des pays producteurs de pétrole, de gaz et de charbon, qui ne pouvait que produire ce genre de conséquence dans le contexte de l’époque. Nous avons vécu jusqu’à maintenant la phase ascendante de ce mariage faustien : de plus en plus d’énergie pour tous. Comme pour le vrai mariage, qui est comme chacun sait un repas qui commence par le dessert, les amants terribles que sont l’homme et l’énergie vont devoir sauver leur idylle en phase « descendante » de l’approvisionnement énergétique fossile, qu’elle soit voulue, pour des raisons de préservation du climat, ou subie, pour des raisons d’approvisionnement insuffisant.

Bien gérer la sortie de scène du « Père Fossile » ne va pas être une mince affaire. En 2009, il restait trois ans pour s’engager dans la voie étroite qui nous permettrait de le faire. À quelques mois d’une année charnière pour le monde (élections américaines, échéance du protocole de Kyoto, survenue vraisemblable d’un nouveau choc pétrolier, sans compter que le calendrier maya mettrait la fin du monde en 2012 !) et très accessoirement pour la France (le nouveau président élu en 2012 devra gérer un contexte énergétique et donc économique en décalage fort avec l’idée qu’il s’en fait probablement), nous n’avons toujours pas pris le bon virage et fonçons avec détermination vers une impasse. Combien de temps allons-nous encore hésiter ?

Si l’Europe compte préserver la paix et la démocratie, un modèle social à peu près sympathique, du travail pour beaucoup et une espérance de vie qui ne soit pas divisée par deux, elle n’a qu’un seul pari gagnant à sa disposition. Ce pari, il apparaît désormais clairement : organiser tout son avenir économique et industriel, donc social et politique, autour de la décarbonisation de nos activités. S’y lancer sans attendre, c’est avoir une petite – ou grosse ! – chance de rafler la mise en développant les premiers les modes d’organisation, les schémas économiques, les métiers, les filières et les technologies qui seront adaptés à un monde libéré de la « tenaille fossile », transformant cette dernière en opportunité. Ne pas le faire, c’est condamner la jeune génération à un avenir bouché et la vieille à la honte. Il est encore temps, réveillons-nous !

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