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Energie : les choix faciles, c’est fini

Tribune parue dans Le Nouvel Observateur du 23 mars 2011

site de l'auteur : www.manicore.com - contacter l'auteur : jean-marc@manicore.com

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Il est une mort que le tsunami japonais n’a pas encore provoquée mais qui semble attendue avec impatience par certains : celle du parc nucléaire français. Bonne ou très mauvaise idée ?

1° Le nucléaire est bien moins dangereux que la chimie ou le charbon. Tchernobyl (bien plus grave que Fukushima) a fait 10 à 100 fois moins de morts que l’explosion d’une usine de pesticides à Bhopal (Inde) en 1984. Que fait « sortir de la chimie » ? Les mines de charbon tuent 5.000 à 10.000 personnes chaque année, sans même parler de la pollution ou du CO2. Que fait « sortir du charbon » ?

2° Le nucléaire coûte 2000 à 3000 € par kW de puissance installée (contre 500 € pour du gaz et 1500 € pour du charbon). Remplacer ce kW nucléaire par des éoliennes, quatre fois moins productives par an (le vent est variable !) nécessite d’installer 4 kW, pour environ 4000 euros à terre, et le double en mer. Puis il faut pallier l’intermittence. Espagne et Allemagne le font avec des centrales à gaz et au charbon, les Danois avec les barrages norvégiens et suédois. Rien de tout cela n’est gratuit, durable ou extensible. Stockons l’électricité, alors ? Remplacer le nucléaire français par de l’éolien avec stockage hydraulique (qui perd 20% de la production initiale) coûterait de 500 à 1500 milliards d’euros et quintuplerait ou sextuplerait les barrages dans les Alpes. Avec du photovoltaïque, ce serait entre 4 et 10 fois plus cher. En restant dans l’atome, il faut 200 milliards pour renouveler le parc existant.

3° Le grand concurrent du nucléaire (15% de l’électricité mondiale) n’est pas l’éolien (qui en fait 1%) ni le photovoltaïque (moins de 0,1%) mais le charbon (40% du total) puis le gaz (25%). Si le Japon renonce au nucléaire, il utilisera du charbon et du gaz.

4° Aucune énergie « mature » ne croit de 20% ou 30% par an, mais plutôt de 1% à 5%. Prolonger sur 40 ans une croissance à 30% ou 40% par an pour des énergies intermittentes ne correspond à rien de physiquement réaliste.

5° Economisons, alors ! C’est impératif, quel que soit le choix retenu. Mais il n’y a qu’un moyen prouvé : augmenter constamment les prix de l’énergie (électricité, carburants, gaz), pour tout le monde sans exception. Tous les opposants au nucléaire sont-ils d’accord ?

6° Pour satisfaire la feuille de route climatique, il faut diviser par quatre la consommation d’hydrocarbures (50% de l’énergie française) d’ici 2050. Le pic pétrolier en cours - et le pic gazier pas très éloigné - va certes s’en charger pour partie, avec quelques récessions en cadeau (la prochaine en 2012 ?), qui rendent discutable d’investir massivement juste pour échapper au nucléaire (40% de l’énergie française) sans aucun gain CO2.

Renoncer simultanément à l’atome et aux trois quarts des hydrocarbures, avec des renouvelables incapables de fournir les mêmes volumes (sans parler d’électrifier voitures et usines) n’est pas si simple. Alors que toute notre économie - et nos « acquis sociaux » - en dépend, l’ère de l’énergie facile s’achève.

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