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Documentation > Publications > Articles > A quoi aura servi le Débat National sur l'Energie ?, janvier 2013

2013, année électrique !

Tribune parue dans le JDD du 6 janvier 2013

site de l'auteur : www.manicore.com - contacter l'auteur : jean-marc@manicore.com

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NB : le texte ci-dessous correspond à la version envoyée au journal. La version publiée a été légèrement raccourcie par Le JDD, qui a par ailleurs changé le titre, les deux sans me demander de validation (c'est hélas très fréquent dans les media de se comporter de la sorte).

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Connaissez vous le DNTE ? Pas les Dernières Nouvelles du Tonton Etienne, mais le Débat National sur la Transition Energétique, qui doit démarrer en janvier, et nous mener, foi de président, vers un avenir tout en énergie verte dans un monde en croissance perpétuelle. Beau programme, assurément.

Hollande et l’énergie, c’est une affaire récente. Comme premier secrétaire du PS, il s’en souciait comme de son premier tweet. Mais… premier secrétaire devint candidat, puis s’allia avec les Verts, un parti fondé sur l’opposition au nucléaire civil (les bombes, ils s’en fichent, car c’est beaucoup moins dangereux). Dès lors, il fallait bien dire quelque chose sur le sujet.

Voici donc l’atome prié de descendre à 50% de l’électricité en 2025. Pourquoi 50%, et pourquoi 2025 ? Mystère. Pétrole et gaz, qui représentent 50% de la consommation d’énergie du pays (le nucléaire c’est 40%), ne posent sûrement aucun problème, puisque le programme de Hollande n’en parlait pas. Et pour montrer qu’on ne rigole pas, le président à peine élu décide de fermer Fessenheim, qui gagne de l’argent, évite à la France d’importer du charbon ou du gaz, évite du changement climatique, fournit de l’emploi, et vient d’être déclarée apte à 10 ans supplémentaires par l’autorité de sûreté nucléaire, pourtant sur ses gardes après Fukushima.

A part ce petit caprice, notre président - et son gouvernement - n’a pas la moindre idée sur la manière d’arriver à son engagement de campagne. Que faire, alors ? Mais un débat, pardi ! Et voici donc le DNTE sur sa rampe de lancement, afin que mes concitoyens puissent forger à 65 millions, et en l’espace de 6 mois, un programme inspiré et consensuel que le PS n’a pas réussi à imaginer à quelques dizaines de contributeurs et en 10 ans d’opposition. Chiche !

On l’aura compris : s’il permet de mettre sur la table quelques idées qui méritent de l’être, aucun débat ne remplacera le temps que les membres du gouvernement n’ont pas passé à étudier la question avant d’arriver au pouvoir. Nos édiles n’ont pas compris que l’énergie n’est pas "un secteur parmi d’autres", mais le sang des milliards de machines qui travaillent désormais à notre place, partout et tout le temps, avec une puissance moyenne 500 fois supérieure à celle de nos propres muscles.

Voitures, avions, frigos, ascenseurs, pompes, chaudières, presses à emboutir, élévateurs, pelleteuses, convoyeurs, grues, téléphones, imprimantes, et toutes leurs "cousines" nous fournissent désormais un immense exosquelette qui a fait de nous des surhommes pour de vrai. Sans énergie à profusion, il n’y aurait aujourd’hui ni pouvoir d’achat multiplié par 50 en 150 ans, ni baisse du temps travaillé (retraites, études, vacances, semaine de 35 heures…), ni aliments à profusion en toute saison, ni mobilité pour tous… ni une espérance de vie passée de 25 à 80 ans en 2 siècles.

La vraie "transition énergétique", c’est permettre à la stabilité sociale, l’espoir, la paix, la justice, et le sentiment de progression de subsister dans une Europe sans croissance physique, parce que pétrole et gaz, oubliés par Hollande, baissent dès à présent. Voici le vrai défi, auxquels nous devons nous attaquer, DNTE ou pas !

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Cadeau bonus : un graphique à l'appui de l'article

Vous trouverez ci-dessous un graphique non publié avec l'article, mais utile pour éclairer les propos !

Part de chaque énergie en France depuis 1965. On note que le moment où la part fossile a significativement diminué, de 90% à 52% environ, correspond à la montée en charge du nucléaire (courbe jaune clair). Les nouvelles renouvelables (éolien, solaire, géothermie, agrocarburants, etc) sont logées dans la courbe violette en bas.

On note aussi que la part fossile, même si elle est bien plus basse que dans presque tous les autres pays industrialisés, reste plus élevée que la part nucléaire.

Source : BP Statistical Review 2013 pour les données par énergie, calcul des pourcentages par votre serviteur.

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